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Svetlana Alexievitch

Lettre de svetlana alexievitch

 

[Août] À la suite de la réélection controversée, en Biélorussie, du président Alexandre Loukachenko, le 9 août dernier, d’importantes manifestations ont éclaté dans le pays.
Quelques jours plus tard, Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature 2015, et auteure de livres magistraux sur Tchernobyl, la guerre d'Afghanistan ou encore l'effondrement de l'Union soviétique (1), qui avait appelé à voter pour l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, a dénoncé l'action « inhumaine et satanique » des forces de sécurité biélorusses dans la répression des manifestations. En outre, elle a accusé le président Alexandre Loukachenko d’entraîner son pays vers « la guerre civile ». (2)
Le 24 août, Svetlana Alexievitch a été convoquée par les enquêteurs, alors que plusieurs membres du conseil de coordination institué par l’opposante Svetlana Tsikhanovskaïa, dont elle fait partie, ont été arrêtés. (3)
« Je ne me sens coupable de rien » a-t-elle déclaré le lendemain de l’interrogatoire. Elle a en effet refusé de répondre aux questions des enquêteurs et fait une longue déclaration pour expliquer l'existence et l’activité du comité : obliger Loukachenko à parler avec l'opposition. (4)


[Septembre] Le 9 septembre, Svetlana Alexievitch, dernière membre encore libre dans le pays du praesidium du Conseil de coordination créé par l’opposition, est placée sous écoute, traquée et menacée par les forces de l’ordre. (5)

Elle écrit alors cette lettre au Pen-Club russe :

« Pourquoi gardez-vous le silence ? Nous sommes toujours vos frères non...

Il ne reste plus personne de mes amis et compagnons de pensée du Praesidium du Conseil de coordination. Tous sont en prison ou ont été poussés de force à l’étranger. Aujourd’hui, le dernier, Maxime Znak a été embarqué ce mercredi.
D’abord ils ont kidnappé le pays, maintenant c’est au tour des meilleurs d’entre nous. Mais des centaines d’autres viendront remplacer ceux qui ont été arrachés à nos rangs. Ce n’est pas le Conseil de coordination qui s’est révolté. C’est le pays.
Je veux répéter ce que je dis toujours. Nous ne préparions pas un coup d’Etat. Nous voulions empêcher la division dans notre pays. Nous voulions qu’un dialogue débute au sein de la société.
Loukachenko dit qu’il ne négociera pas avec la rue, mais la rue, ce sont des centaines de milliers de gens qui sortent tous les dimanches et tous les jours. Ce n’est pas la rue. C’est le peuple. Les gens sortent dans la rue avec leurs enfants, parce qu’ils croient qu’ils vont gagner.
Et je voudrais aussi m’adresser à l’intelligentsia russe, appelons-la ainsi, à l’ancienne. Pourquoi gardez-vous le silence ? Nous n’entendons que de rares voix de soutien. Pourquoi gardez-vous le silence en regardant un petit peuple fier se faire piétiner ? Nous sommes toujours vos frères.
Quant à mon peuple, je veux lui dire que je l’aime. Et j’en suis fière.
Encore des inconnus qui sonnent à la porte…

Svetlana Alexievitch » (6)

Le 10 septembre, Lioudmila Oulitskaïa, écrivaine russe, adresse une lettre à Svetlana Alexievitch : 

« Je t’envoie mon salut affectueux, je te souhaite force et bonne santé, je te souhaite de vivre dans un pays libéré d’un pouvoir obtus et écœurant. Et, chère amie, je me souhaite la même chose. » (7)

Ici en France, le monde de la culture se mobilise pour soutenir l'écrivaine biélorusse.
Le 11 septembre, plus d'une centaine d'auteur.e.s, journalistes, dramaturges, directeur.ice.s de théâtres, éditeur.rice.s, cinéastes et universitaires signent une tribune dans Le Monde pour « dire haut et fort que ce dernier rempart ne doit pas tomber » :

« Nous ne réagissons pas seulement parce que Svetlana Alexievitch est une immense écrivaine ; si nous lui témoignons aujourd'hui notre admiration et notre soutien, c'est en espérant faire pression sur l'Union européenne pour qu'elle vienne en aide au peuple biélorusse résumé dans la personne de cette femme au courage extraordinaire. Et parce qu'il faut se savoir soutenu pour être en mesure de tenir soi-même. » (8)

La Criée – Théâtre national de Marseille publie un texte de soutien à l’écrivaine biélorusse et annonce que La fin de l’homme rouge, adaptation théâtrale de l’ouvrage de Svetlana Alexievitch par Emanuel Meirieu, sera rediffusée sur France Culture le dimanche 11 octobre à 20h. (9)

 

(1) Bibliographie chez Actes Sud de Svetlana Alexievitch

(2) France info : Biélorussie : « Pars avant qu’il ne soit trop tard », demande l’écrivaine Svetlana Alexievitch au président pour éviter « la guerre civile »

(3) Le Monde : En Biélorussie, la Prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch convoquée par les enquêteurs

(4) Le Monde : Biélorussie : la répression se poursuit, la Prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch refuse de répondre aux enquêteurs

(5) Le Monde : Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature, à son tour menacée par le régime en Biélorussie

(6) Libération : Svetlana Alexievitch : « D'abord ils ont kidnappé le pays, maintenant c'est au tour des meilleurs d'entre nous »

(7) Mediapart : Une lettre de Lioudmila Oulitskaïa à Svetlana Alexiévitch 

(8) Le Monde : Svetlana Alexievitch harcelée en Biélorussie : « Il faut se savoir soutenu pour tenir soi-même »

(9) Théâtre La Criée : « A tout moment ils peuvent sonner à la porte et m’emmener en prison. »