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À son image


Par une soirée d’août, Antonia, flânant sur le port de Calvi après un samedi passé à immortaliser les festivités d’un mariage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures d’ardente conversation, la jeune femme, bien qu’épuisée, décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup.

L’office funèbre de la défunte sera célébré par un prêtre qui n’est autre que son oncle et parrain, lequel, pour faire rempart à son infinie tristesse, s’est promis de s’en tenir strictement aux règles édictées par la liturgie. Mais, dans la fournaise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires, reconstituant la trajectoire de l’adolescente qui s’est rêvée en photographe, de la jeune fille qui, au milieu des années 1980, s’est jetée dans les bras d’un trop séduisant militant nationaliste avant de se résoudre à travailler pour un quotidien local où le “reportage photographique” ne semblait obéir à d’autres fins que celles de perpétuer une collectivité insulaire mise à mal par les luttes sanglantes entre clans nationalistes.

C’est lasse de cette vie qu’Antonia, succombant à la tentation de s’inventer une vocation, décide, en 1991, de partir pour l’ex-Yougoslavie, attirée, comme tant d’autres avant elle, dans le champ magnétique de la guerre, cet irreprésentable.

De l’échec de l’individu à l’examen douloureux des apories de toute représentation, Jérôme Ferrari explore, avec ce roman bouleversant d’humanité, les liens ambigus qu’entretiennent l’image, la photographie, le réel et la mort.


« DANS LES ANNÉES 1990, j’ai découvert la photo de Ron Haviv sur laquelle un paramilitaire des tigres d’Arkan prend son élan pour frapper les cadavres de trois civils qu’il vient d’abattre, quelque part en Bosnie. Il porte des lunettes de soleil à monture blanche et, entre les doigts de sa main gauche, il tient une cigarette dans un geste d’une absolue désinvolture. Ce garçon était manifestement mon contemporain, il était à peine plus âgé que moi et notre évidente proximité avait quelque chose d’intolérable. La guerre sortait des livres d’histoire.
C’est alors, je crois, que j’ai pour la première fois fait l’expérience de la puissance des photographies et de la façon dont elles bouleversent notre rapport au temps : ce qu’elles nous montrent est à chaque fois figé pour toujours dans la permanence du présent et a pourtant, dès le déclenchement de l’obturateur, déjà disparu. Personne n’a énoncé ce paradoxe plus clairement que Mathieu Riboulet  : « La mort est passée. La photo arrive après qui, contrairement à la peinture, ne suspend pas le temps mais le fixe. »
Parce que la mort est passée, le roman s’ouvre sur celle d’Antonia et passe par toutes les étapes de la messe de ses funérailles. Au cours d’une vie consacrée aux photographies, les plus insoutenables et les plus futiles, des portraits de famille, des conférences de presse clandestines, des attentats, des mariages, la guerre en Yougoslavie, elle s’est constamment sentie renvoyée de l’insignifiance à l’obscénité.
Le roman est donc l’histoire de son échec. Le prêtre qui célèbre la messe est l’oncle d’Antonia. C’est aussi lui qui l’a portée sur les fonts baptismaux et qui lui a offert, pour son quatorzième anniversaire, son premier appareil photo. J’imagine qu’il ne se le pardonne pas. »

J. F.

août, 2018
11.50 x 21.70 cm
224 pages


ISBN : 978-2-330-10944-8
Prix indicatif : 19.00€



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Prix Littéraire Le Monde -
Prix Méditerranée -

La beauté et la réussite de ce roman tiennent à l’émotion qui s’en dégage ; malgré le tragique des situations, il rayonne d’une lumière envoûtante, porté par une écriture sobre, dépouillée du moindre effet lyrique mais fortement imprégnée de religieux ; c’est d’autant plus remarquable que l’auteur se définit comme non-croyant ; l’un de ses personnages principaux n’en est pas moins un prêtre catholique aux cas de conscience bernanosiens gouvernés par le spectre du péché ;  et la composition du roman est architecturée par  une messe de Requiem.

Pierre Assouline, La République des livres

Magistral.

Arnaud Laporte, Grazia

Il y a autant de violence que de poésie dans le nouveau roman du prix Goncourt 2012.

Amélie Cordonnier, Femme actuelle

Le lauréat du Prix Goncourt 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome livre une analyse profonde sur le rapport des Hommes à l'image, sur leur souci permanent de documenter jusqu'à leurs pires exactions, et ce malgré la vacuité d'une telle démarche.

François Perrin, Focus Vif

Une véritable réussite.

Etienne de Montety, « La Dispute » - France Culture

On retrouve chez l'auteur sacré par le prix Goncourt en 2012 des thèmes récurrents, mais surtout l'influence de sa terre natale corse et les interrogations métaphysiques chères à ce professeur de philosophie à la plume âpre et puissante.

Pauline Sommelet, Point de vue

Ce roman exige à l’évidence un effort du lecteur et l’oblige à réfléchir aux notions de péché, de culpabilité, de responsabilité morale. Il confirme l’importance de Ferrari dans la production romanesque contemporaine.

Jean-Pierre Castellani, Diacritik

En reconstituant la vie brève d’une jeune photographe qu’on enterre, Jérôme Ferrari délivre un roman d’une intensité soutenue où se retrouvent les thèmes d’une œuvre tendue par une quête sans fin.

Thierry Guichard, Le Matricule des anges

Goncourt 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari pousse plus loin sa réflexion sur le mal et une possible rédemption dans le magnifique À son image.

Laurent Dandrieu, Valeurs actuelles

Jérôme Ferrari signe une fiction mystique et politique, un récit puissant dont on sort sonné, des images plein les yeux.

Nicolas Marc, Théâtre(s)

Métaphorique, musical et absolument bouleversant.

Valérie Gans, Madame Figaro

C'est la première fois que Jérôme Ferrari met au centre de son roman une figure de femme. C'est touchant, nerveux, et on retrouve ses préoccupations majeures : la Corse, l'indépendantisme et cette question : est-ce que l'on meurt pour rien ?

Christophe Ono-dit-Biot, France Culture Papiers

Mort, culpabilité, nationalisme constituent trois piliers de ce sombre et délicat portrait au féminin, d’une jeune photojournaliste en quête d’héroïsme.

Benjamin Favier, Le Monde de la Photo

Usant de longues focales ou de plans rapprochés pour dessiner le portrait bouleversant et fragmenté de son héroïne, Jérôme Ferrari signe une fiction enracinée dans l’Histoire contemporaine - interrogeant brillamment les connexions ambivalentes entre l’image, le réel et la mort -, mais aussi un récit familial magnifié par une puissante écriture.

Patrick Beaumont, La Gazette Nord-Pas-de-Calais

Ce roman laisse le lecteur stupéfait.

François Hugenin, Aleteia.org

Un récit ample et puissant.

Yves Harté, Sud-Ouest

Une grande maîtrise du temps et du récit.

Angélique Moreau, RCF en Berry

Le lauréat du Goncourt 2012 pour Le sermon sur la chute de Rome signe encore une fois un roman au vertige mystique.

Sean Rose, revue Études

Jérôme Ferrari réussit un livre complexe et bouleversant, hanté par le doute.

Sophie Joubert, L’Humanité

Un requiem à plusieurs voix, puissant et poignant, qui tisse, de la Corse à l'ex-Yougoslavie, une histoire universelle où les failles intimes percutent la violence des grands drames mondiaux.

Dominique Fidel, Simple things