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Les Oiseaux morts de l'Amérique


Las Vegas. Loin du Strip et de ses averses de fric “ha­bitent” une poignée d’humains rejetés par les courants contraires aux marges de la société, jusque dans les tunnels de canalisation de la ville, aux abords du désert, les pieds dans les détritus de l’histoire, la tête dans les étoiles. Parmi eux, trois vétérans désassortis vivotent dans une relative bonne humeur, une soli­darité tacite, une certaine convivialité minimaliste. Ici, chacun a fait sa guerre (Viêtnam, Irak) et chacun l’a perdue. Trimballe sa dose de choc post-trauma­tique, sa propre couleur d’inadaptation à la vie “nor­male”.

Au cœur de ce trio, indéchiffrable et silencieux, Hoyt Stapleton voyage dans les livres et dans le temps, à la reconquête patiente et défiante d’une mémoire muette, d’un langage du souvenir.

À travers la détresse calme de ce vieil homme-enfant en cours d’évaporation arpentant les grands espaces de l’oubli, Christian Garcin signe un envoûtant roman américain qui fait cohabiter fantômes et réalisme, sourire et mélancolie, ligne claire et foisonnement. Et migrer Samuel Beckett chez Russell Banks.


« QU’EST-CE QUE LE PASSÉ ? Le modifions-nous en le revisitant ? Quels souvenirs oubliés ont fait de nous ce que nous sommes ? Nous est-il jamais arrivé de nous tenir à côté de l’enfant que nous avons été, et de lui chuchoter quelques mots à l’oreille pour qu’il puisse se souvenir, plus tard, de cette scène ?

C’est en faisant des recherches, pour un roman précédent, sur les molesmen, ces milliers d’hommes et de femmes qui vivent dans les sous-sols du métro de New York, que j’en ai rencontré d’autres, pour la plupart des vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan, qui vivaient par centaines dans les tunnels d’évacuation des eaux de Las Vegas. Et c’est en me rendant là-bas que je les ai vus : ils faisaient l’aumône sur le Strip, au milieu des paillettes et du fric qui dégoulinait, assis sur de petits tabourets ou à genoux sur le trottoir, engloutis dans le flot des passants qui passaient sans les voir. Le soir ils réintégraient leurs tunnels, en périphérie. Quelles avaient été leurs vies ? Leurs enfances ? Quels enfers avaient-ils côtoyés ? Ces questions, j’aurais pu me les poser partout ailleurs, en France, en Angleterre, en Russie – je me les suis posées, d’ailleurs, dans un roman publié il y a longtemps. Partout ailleurs j’aurais pu m’interroger sur ces destins brisés qui peuplent notre monde urbain. Mais j’étais à Las Vegas, et le contraste était particulièrement saisissant. J’ai alors pensé à un vieil homme, un ancien du Viêtnam, un « rat des tunnels », comme on les appelait, un de ceux qui risquaient leur vie dans les étroites galeries qu’occupaient les combattants viêt-côngs. Et j’ai imaginé cet homme, un vieillard à présent, qui vivrait dans d’autres galeries en ayant oublié des pans entiers de son passé – lequel un jour se manifesterait à nouveau, et dénouerait peu à peu les fils qui lui manquaient. Le roman est né de tout cela. C’est une histoire d’anamnèse sur fond de guerre, de tunnels, d’amours perdues et de fraternité.”

 

C. G.

janvier, 2018
11.50 x 21.70 cm
224 pages


ISBN : 978-2-330-09246-7
Prix indicatif : 19.00€



Où trouver ce livre ?
Ce livre existe également en version numérique

Christian Garcin est un écrivain voyageur mais son véritable voyage est intérieur, littéraire, esthétique, il revient ici avec un formidable roman, « américain » mais mâtiné de théâtre de l’absurde et de vertigineuses ruptures spatio-temporelles façon L'invention de Morel de Bioy Casares.

Sean James Rose, Livres Hebdo

Le thème obsédant du terrier ou de la grotte, ainsi que celui des rêves et de leur puissance, sont les piliers de l'oeuvre de Christian Garcin Ce roman s'y inscrit comme un étonnant et sensible voyage qui nous embarque dans une Amérique meurtrie par ses guerres.

Caroline Gérard, Zibeline

Christian Garcin, une nouvelle fois, joue de ces correspondances mystérieuses, de ces « passerelles invisibles » entre différents niveaux de réalité comme autant de moteurs de l’imaginaire. Son roman, vif et mélancolique tout à la fois, à la beauté fascinante de ces paysages aux contours flottants,

émergeant de la brume.

Michel Abescat, Télérama

Chacun des récits de Christian Garcin, essai, roman ou poésie, constitue à lui seul une fable philosophique, modeste et

remarquable. Ses aventures baroques, où « tout a existé et tout coexiste encore », entraînent ses héros aux quatre coins du monde et aux confins d'eux-mêmes, guidés par les hasards, les fausses coïncidences et les mystérieuses correspondances temporelles.

 

Récit cruel d'une société qui sacrifie ses enfants sur l'autel de la raison d'État, Les Oiseaux morts de l'Amérique livre aussi une réflexion douce-amère sur le passage à l'âge adulte d'un homme déjà vieillissant. Sur le courage qu'il faut pour

se mesurer aux désillusions parfois violentes de sa jeunesse, et faire qu'il n'en subsiste, enfin, que « l'odeur de l'herbe du matin, l'ombre scellée des feuillages qui dansait dans sa main, le cri des tourterelles » et l'infinie douceur d'un baiser déposé sur une joue d'enfant.

Fabienne Lemahieu, La Croix

En accordant à ses personnages un statut de va-nu pieds philosophes, en les montrant partagés entre les horreurs du passé et la solidarité galérienne du présent, Christian Garcin propose un enthousiasmant polar mémoriel.

François Perrin, Focus Vif

Un roman d'une grande poésie pour mettre en lumière ceux qu'on préfère laisser dans l'ombre.

Page des libraires

Livre vertigineux et métaphorique, Les oiseaux morts de l’Amérique est un grand voyage dans le temps et l’espace, mais surtout dans le cœur de ces hommes qui se sont perdus (…). Christian Garcin a quitté La piste mongole et Les nuits de Vladivostok pour leur construire un tombeau magnifique, porté par une écriture d’une grande beauté mélancolique.

Christine Ferniot, Lire

Avec son art subtil des mondes parallèles, des échos poétiques, des correspondances, Christian Garcin rend ici hommage aux héros de la beat generation – (…).

Avec humour, avec malice, avec élégance, Christian Garcin tisse l’histoire de Hoyt Stapleton à la croisée des mondes entre distance et émotions, entre réalisme et fantastique, entre les souterrains et le cosmos, entre les textes et les récits dont bruissent cet univers et tous les autres.

Eléonore Sulser, Le Temps

Un roman qui s'apparente à de la science-fiction, proche de l'univers de Stephen King, mais avec un prosateur doué d'un style magistral. Si la saison des prix n'était pas passée, on aurait misé gros sur ce court roman.

Arnaud Laporte, Grazia

Toute l'oeuvre de Christian Garcin est parcourue de tunnels et de galeries souterraines, qui sont une manière, pour ce grand voyageur, d'agrandir le monde autant que d'explorer, par un réseau de symboles et d'histoires, ce qui relie les êtres et les lieux entre eux.

(…) on ne peut qu'admirer la phrase de Christian Garcin, qui se faufile partout, et offre quelques morceaux de bravoure, dans les tunnels de Las Vegas comme dans ceux creusés par les Vietcongs.

Raphaelle Leyris, Le Monde des Livres

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