Kamel Daoud

    « Je crois qu’il nous aimait déjà comme le font les morts, c’est-à-dire avec un regard venant de l’au-delà et sans paroles inutiles. »

     

     

    Il est le frère de "l'Arabe" tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l'envance a vécu dans l'ombre et le souvenir de l'absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l'anoynmat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par ahasard sur une place trop ensoleillée.
    Kamel Daoud Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d'Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d'un dieu, son désarroi face à un pays qui l'a déçu. Etranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin...

    Hommage en forme de contrepoint rendu à L'Étranger d'Albert Camus, Meursault contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l'identité. En appliquant cette réflexion à l'Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent."

    Né en 1970 à Mostaganem, Kamel Daoud est journaliste au Quotidien d'Oran, où il tient de puis douze ans la chronique la plus lue d'Algérie. Il vit à Oran.
    Il est l'auteur de plusieurs récits dont certains ont été réunis dans le recueil Le Minotaure 504 (Sabine Wespieser Éditeur, 2011). Meursault, contre-enquête est son premier roman.

     

     

     

    Discours de Régis Debray à l'occasion de la remise du Prix Goncourt du Premier Roman


     

    Il est assez rare que des livres soient des actes. Il est assez rare que la littérature soit pratiquée et pas seulement considérée comme une tauromachie. Michel Leiris vous en aurait sans doute félicité. Il n’est plus des nôtres, les Goncourt sont heureux de le faire à sa place, un peu tard peut être, mieux vaut tard que jamais. Vous êtes, je crois, un chroniqueur abondant et un écrivain rare. Avec Meursault contre enquête vous vous exposez à la corne acérée du taureau. Le taureau au front bas, pieux, bête et méchant – vous l’avez frôlé, et vous êtes sur sa liste noire. C’est tout à votre honneur, et aussi à l’honneur de cet art risqué qu’on appelle la littérature, qui est à son meilleur quand elle cesse d’être un art d’agrément, un signe de distinction ou un jeu avec les mots.

    Je crois savoir que vous n’êtes pas un type de bonne composition, mais d’assez mauvaise humeur qui ne craint pas de déplaire ni d’aller à contre-courant. Un exemple d’homme révolté, aurait dit Camus, votre compagnon, votre alter ego. Un emmerdeur, en colère. En colère contre les autres, c’est rituel et c’est facile. On sent en vous lisant que votre âpreté est d’une autre nature, que vous êtes vous, en colère contre vous, vos fantômes et vos fantasmes et contre la situation faite aux vôtres – ce qui ne va jamais sans risque. C’est celui que court tout intellectuel digne de ce nom, je veux dire celui qui se retourne avec des mots ou des images contre les siens tout en restant chez lui, au milieu des siens. Hurler avec les loups contre les vieux ennemis de la tribu, faire chorus avec l’opinion – tout un chacun peut le faire. Ces préposés, au consensus tous nos médias en raffolent. Passer pour traitre à son pays dans son pays lui-même, c’est le sort que doit endurer quiconque a le courage incongru de la vérité crue. Vous n’êtes pas le premier dans cette manière et j’espère bien que vous ne serez pas le dernier.

    Pour tout vous dire, je ne vous connaissais pas quand j’ai reçu votre livre et survolé votre quatrième de couverture. Je me suis dit, « bon, un règlement de compte avec le colonisateur, le colonisé va lui renvoyer la balle, élever la voix au nom des humiliés et des offensés contre un humaniste altier, un Camus assez dédaigneux ou distrait pour ne pas donner un nom ou un prénom à l’Arabe tué pat Meursault. » Je m’étais trompé. Le tiers-mondiste, c’est bien ; la probité, ce n’est pas mal non plus. Avec vous, l’altercation ou l’explication, au sens « sors un peu mon gars on va s’expliquer dehors », ce n’est pas seulement avec le Français, le pied-noir qu’elle a lieu, c’est avec votre histoire, votre religion, vos souffrances et votre présent. Ce qui fait de ce premier roman autre chose qu’une fiction autour d’une fiction, un récit de famille contre une autre famille, mais une plongée dans l’histoire réelle, dans le plus obscur d’une histoire de désillusions et de rêves avortés, qui nous est commune. Chacun sa famille, mais, sachez-le, elles se rejoignent. Oran n’est pas si loin de Paris… L’important est que cette réalité, vous l’ayez transfigurée par une langue à la fois classique et charnue.

    Vous avez rapatrié L’Étranger dans la culture algérienne, fait de Camus un indigène à part entière, si je puis dire. Un écrivain qui parle de vous et à vous, arabes, Algériens, maghrébins. Eh bien, votre contre-enquête algérienne, écrite dans un français que peu de Français savent encore écrire ou même parler, sachez que nous la rapatrions à notre tour dans le trésor de notre littérature, je devrais dire la Littérature, celle qui peut faire de nous un peu mieux que des confrères, des frères. Vous êtes de ceux qui rétablissent une relation d’égalité entre les deux rives de la Méditerranée, le cimetière marin que nous avons en partage. Une fraternelle réciprocité.

    Encore merci, cher Kamel. On a tous ici envie de vous dire, continuez c’est bien parti, on se reverra bientôt. Pour nous tous, ce prix n’est pas un au-revoir, c’est un bonjour.

    Régis Debray

     

     

    Prix littéraires


     

    Prix Goncourt du premier roman 2015

    Prix des cinq continents de la Francophonie 2014 Lauréat de la 13e édition

    Prix François Mauriac 2014 Conseil régional d'Aquitaine

    Prix Liste Goncourt / Le Choix de l'Orient 2014

    Prix Liste Goncourt / Le Choix roumain 2014

    Prix Liste Goncourt / Le Choix serbe 2014

     

     

    Dans la presse


     

    « Un livre de rage, de frustration, de colère [...] Une idée sensationnelle [...] Tendu comme un tir »

    Jean-Claude Raspiengeas, La Croix

    « Un livre qui a une dimension tout à fait extraordinaire »

    Patricia Martin, France INTER

    « Le Goncourt aurait donné le prix à ce livre, cela aurait été un coup d'éclat et en France et dans tout le pourtour de la Méditerranée, pas seulement en Algérie. Ils ont vraiment raté une occasion »

    Arnaud Viviant, Transfuge

    « Passionnant et stimulant. La langue est superbe. »

    Jack Lang, Facebook

    « Un livre ébouriffant.Un français plein de songes et de soleils, exubérant et savoureux. »

    Sébastien Lapaque, Le Figaro Littéraire

    « Admirable premier roman, réussite exceptionnelle. Meursault contre-enquête est à la fois le complément et la suite de L'Etranger, ainsi que son habile et digne commentaire par la fiction. Une œuvre aussi fascinante que singulière. »

    Bernard Pivot, Le Journal du Dimanche

    « Faut-il être gonflé pour s'emparer de L'Etranger et le détourner ! … Kamel Daoud a osé et il a bien fait… son Meursault contre-enquête est impressionnant. »

    Pierre Assouline, La République des livres

    « A chaque page, Daoud interroge avec lucidité la relation algéro-française et l'absurdité du présent qui l'entoure. Son livre résonne de toutes ses forces en confrontation et, au-delà de son écriture, rencontre puissamment son époque. »

    Valérie Marin la Meslée, Le Point

    « Kamel Daoud, l'invité surprise des prix littéraires. L'écrivain francophone algérien ne finit pas d'étonner. »

    Mohammed Aissaoui, Le Figaro Littéraire

    « Un des meilleurs romans de l'année. »

    Franz-Olivier Giesber, Le Point

    « Meursault, contre-enquête» mérite d'être lu pour plusieurs raisons. Pour les questions que Daoud amène à se poser sur l'identité. Pour comprendre que les fantômes vivent parfois davantage que les vivants. Et pour le style de l'auteur si majestueux qu'on aimerait en lire davantage. Et parce que ce journaliste pas commun est avant tout un écrivain hors normes. Un écrivain. Un vrai. »

    Valérie Trierweiller, Paris Match

    « Le court roman du journaliste algérien Kamel Daoud est né d’une grande ambition, celle de décoloniser la littérature. (…) Il a au passage inventé une très belle écriture, originale, entre colère sourde et poussées d’exaltation. »

    Ève Charrin, Les Echos

    « Une langue à la fois classique et neuve par ses métaphores, dense et sensorielle, admirable de clarté et de mystère mêlés. (…) Voilà comment écrit Kamel Daoud : magnifiquement. Son premier roman marque par son ambiguïté morale et son désespoir politique. À l’avenir, L’Étranger et Meursault se liront tel un diptyque. »

    Macha Séry, Le Monde des livres

    « Leçon littéraire, ce livre nous rappelle qu'un roman est avant tout une affaire de manipulation. »

    Oriane Jeancourt, Transfuge

    « Le chroniqueur du Quotidien d’Oran ne manque ni d’armes théoriques, ni du sens de la formule. Il aurait pu composer un essai sur Camus et l’Algérie. Mais cette affaire flotte dans une façon de clair-obscur dont seul le roman peut rendre compte. »

    Sébastien Lapaque, Le Monde diplomatique

    « Daoud écrit le roman fantôme de l’Algérie avec le désespoir de Cioran, le cinglant de Muray, la cadence de Morand et la pataphysique de Vialatte. »

    Jean-Louis Le Touzet, Libération

    « Un superbe livre qui revisite l’œuvre de Camus sur l’absurde. »

    Edwy Plenel, Le Grand Journal de Canal +

    « Un récit intense et surprenant. »

    Eric Fottorino, La Montagne

    « Écrit avec malice et colère. (...) On est loin du simple jeu d'une réhabilitation littéraire. »

    Jean-Baptiste Harang, Le Magazine Littéraire

    « Un remarquable hommage à son modèle. »

    Grégoire Leménager, Le Nouvel Observateur

    « Rétrospective en accéléré de l'histoire algérienne, brossée avec maestria par l'orannais Kamel Daoud. Qui ensorcelle le lecteur par ses allers-retours entre le roman camusien et sa propre fiction. »

    Marianne Payot, L'Express

    « Un roman vertigineux et abouti. L'Etranger devient un palindrome. Il peut se lire de droite à gauche, comme l'arabe, par la grâce d'un roman marquant, qui explore l'angle mort du chef-d'œuvre camusien de 1942. Projet passionnément littéraire … la cadence, les tournures, le rythme, le souffle et la pulsation de cette langue, comme orale et pourtant si écrite, sont stupéfiants ! Meursault contre-enquête touche au prodige, tant il renverse l'éclairage et l'optique non sans férocité emphatique, tout en jouant avec la prose et la perspective de L'Etanger. »

    Antoine Perraud, La Croix

    « Kamel Daoud s’est fait un nom d’écrivain : le frère de « l’Arabe » est un digne enfant de Camus… »

    André Rollin, Le Canard enchaîné

    « Kamel Daoud va installer tout un dispositif en miroirs inversés, qui raconte dans une langue belle et vivante et d'un humour amer, le pendant algérien de la célèbre histoire de l'Etranger. »

    Eleonor Sulzer, Le Temps

    « Le livre est truffé de références subtiles à l’ouvrage du prix Nobel de littérature 1957, tout en racontant une tout autre histoire : celle de l’Algérie post-indépendance, qui s’est enfoncée dans la religiosité, la morosité et la médiocrité. Kamel Daoud, chroniqueur politique au Quotidien d’Oran, révèle un talent d’écriture – à la fois poétique et précise – et d’écrivain. »

    Afrique magazine

    « Grâce à une brillante et vertigineuse construction multipliant échos et emprunts à L’Étranger, ainsi que de nombreuses références bibliques, mythologiques et littéraires, Kamel Daoud donne corps à ce personnage sans nom. Il s’interroge non seulement sur son identité, mais aussi sur celle de son pays, l’Algérie. Meursault, contre-enquête est un hommage audacieux et captivant. »

    Sarah Castel (Librairie Terre des Livres - Lyon), Page des libraires

    « Un roman audacieux, écrit avec des phrases courtes, précises, rythmées et subtiles, adoucies par des métaphores, panachant un arabe dialectal élégant et un français châtié. »

    Joan Tilouine, Jeune Afrique

    « Remarquable "contre-enquête" sélectionnée pour les prix d'automne.L'écriture de Kamel Daoud est très belle. »

    Guy Duplat, La Libre Belgique

    « Un talent aigu, mêlant réalité et fiction dans une remarquable fluidité. »

    Marie Chaudey, La Vie

    « Exigeant et virtuose. »

    Myriam Chaplain-Riou, AFP

     

     

     

     

    La Préface du nègre et autres nouvelles, paru en Babel en février

    Avant d'écrire Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), son premier roman, Kamel Daoud a publié des nouvelles. Ce recueil qui donne à voir l'Algérie contemporaine dans son absurdité et sa violence a reçu le prix Mohammed-Dib et a été finaliste du prix Wepler et du Goncourt de la nouvelle en 2011.


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