Journaux

    Henry BAUCHAU - Dialogue avec les montagnes

    Henry BAUCHAU
    Dialogue avec les montagnes

    | Mars 2011

    Après La Déchirure dont l'accueil fut discret, Le Régiment noir va marquer la véritable entrée de Henry Bauchau dans l'ampleur de sa vocation romanesque. Ce journal 1968-1971 en retrace les difficultés. Il est surtout marqué par une vingtaine d'entretiens très intimes de l'auteur avec son ami le médecin et psychanalyste Robert Dreyfuss.

    Wend KÄSSENS;Paul NIZON - Les Carnets du coursier

    Wend KÄSSENS;Paul NIZON
    Les Carnets du coursier

    | Mars 2011

    Consacré à la décennie 1990-1999, le quatrième tome du journal de Paul Nizon témoigne de la profusion de ses sources et révèle la diversité de ses inspirations. S'il a atteint l'âge de la maturité et de la consécration, il n'en reste pas moins un créateur en perpétuel devenir, toujours à la recherche de la forme d'expression la plus juste.

     

     

    Sur Paul Cézanne

    Henry Bauchau
    30 octobre 1968

    « (...) Je parle du rêve de l’attaque des Espagnols et du prix donné autrefois à la caste des guerriers. J’oublie la seconde partie qui a trait à de Gaulle et à la reconnaissance par le père.
    Puis je raconte : “Je débouche sur la Seine, à Paris en écrivant ce rêve je fais deux fois successivement le lapsus calami : je débouche sur la scène. Un ballon très important pour les gens est dans l’eau, je plonge dans l’eau tout habillé, je l’attrape, les gens m’applaudissent mais je m’aperçois que je ne peux pas le manier aussi facilement qu’un ballon de water-polo.
    J’ai vu là mon désir de paraître sur la scène, de faire quelque chose d’important pour les autres. Rappel de la fin de Géologie : j’entre dans le courant, je m’enfonce, je nage. Survient que ne comprenant plus je suis compris.
    Au premier moment, j’ai eu un peu honte, je me suis dit : comment tu ne peux pas faire comme Cézanne, rester dans ton coin et faire ton œuvre, loin de tout. Vous savez Cézanne est un des pôles de ma pensée. Eh bien, je ne peux pas. Cézanne sans le savoir a pris une position orientale. Il a transposé l’essentiel de l’esprit oriental dans l’art d’occident. Il a fait sentir ce qu’il y avait derrière la nature. Ses grandes toiles sont percées, forcent le regard à les percer pour entrevoir autre chose, peut-être un plus plein, peut-être le néant. Mais l’art de Cézanne est en dehors de l’aventure de son temps. Après cela il y a les moustaches du Tigre, celle de Foch et tout le monde dégoûtant de 14-18 qui semblent si anciens auprès de Cézanne si moderne. Moi, je dois faire mon œuvre avec ce temps et non entre parenthèses. »

     

    Dialogue avec les montagnes, p. 49

    Paul Nizon
    21 juillet 1997, Paris

    « (...) Ma conviction de toujours : la réalité n’advient ni n’apparaît que dans l’acte artistique le plus élevé, dans l’authentique création de l’artiste, elle n’est pas accessible autrement, ou quand elle l’est, n’a rien d’extraordinaire. L’art comme création de réalité. Il est le seul garant contre la mort ou l’insipide néant. Voilà pourquoi les rangs et niveaux artistiques sont si déterminants. Voilà pourquoi je m’irrite et peste si furieusement contre le produit littéraire bon marché, la chanson* idiote, tout ce qui n’est pas de l’art. L’art commence à un certain niveau, et ce qui se situe en dessous est du non-art. Qui n’a pas peint des natures mortes avec pommes, au cours des siècles ? Et puis on regarde un Cézanne et on est bouleversé, parce qu’il y entre une infinie, une abyssale connaissance du monde et de l’existence humaine, et qu’elle se communique à l’observateur qui se trouve atteint, réanimé par l’art, lui-même créé dans le moment où il observe. Et c’est pour atteindre ces moyens artistiques, pour faire passer subrepticement dans son style le miracle du dire le plus inouï et le plus résistant, que l’artiste donne sa vie. Je ne crois qu’à la création artistique. C’est ce que ne comprenait pas Odile lors de notre dispute récente, quand elle me soupçonnait de pratiquer l’art pour l’art*, comme s’il s’agissait d’un tripotage esthétique et non d’un pur combat à la vie, à la mort. Cette lutte – avec le sujet, avec le monde, avec l’obscurité du réel, avec les ténèbres, avec le moi (le mien ou celui des autres). »

     

    *En français dans le texte

    Les Carnets du coursier, p. 190


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