Igor Stravinski - Confidences sur la musique, propos recueillis (1912-1939)

    Il y a différentes manières d’aimer et d’apprécier la musique. Il y a, par exemple, la manière que j’appellerai l’amour intéressé, celle où l’on demande à la musique des émotions d’ordre général, la joie, la douleur, la tristesse, un sujet de rêve, l’oubli de la vie prosaïque. Ce serait déprécier la musique que de lui assigner un pareil but utilitaire. Pourquoi ne pas l’aimer pour elle-même ? Pourquoi ne pas l’aimer comme on aime un tableau, pour la belle peinture, le beau dessin, la belle composition ? Pourquoi ne pas admettre la musique comme une valeur en soi, indépendante des sentiments et des images que, par analogie, elle pourrait évoquer, et qui ne sauraient que fausser le jugement de l’auditeur ? La musique n’a pas besoin d’adjuvant. Elle se suffit à elle-même. N’y cherchons donc pas autre chose que ce qu’elle comporte. »

    In Conferencia. Journal de l'université des Annales, 15 décembre 1935

     

     

    Confidences sur la musique
    Igor Stravinski || Confidences sur la musique

    Propos recueillis (1912-1940)

    Parution septembre 2013

     

    Tantôt icône, tantôt démon, Igor Stravinski (1882-1971) n’a cessé de faire l’objet d’interprétations et d’observations, parfois très enflammées. Dans ces Confidences sur la musique, le compositeur reprend la parole. L’ouvrage rassemble des écrits que le musicien a publiés dans la presse avant 1940 et un choix d’entretiens qu’il a accordés à la même époque. Il nous parle de modernité, de révolutions – russe, musicale, technologique, spirituelle… –, de l’inspiration, de l’ordre ou de la beauté. Au travers de ses attachements, de ses rejets, de ses obstinations, et de son besoin de se faire entendre au-delà de sa musique, se dévoile une autre voix du compositeur. Ce Stravinski-là est littéral.

    Extrait de la préface de Valérie Dufour

    Que nous confient aujourd’hui les mots d’Igor Stravinski (1882-1971) ? Quel sens le compositeur donnait-il à la publication de ses propos, désormais recueillis et réunis dans ce volume de Confidences sur la musique ? Entendait-il orienter son oeuvre en adossant une responsabilité d’auteur à ses activités de compositeur ? Est-ce ainsi qu’il a été une figure incontournable de l’évolution de la vie musicale du xxe siècle à l’échelle internationale ? Si l’immense influence du compositeur est due à l’impact de la modernité de ses premiers ballets, de L’Oiseau de feu (1910) au Sacre du printemps (1913), plus que tout autre de ses contemporains musiciens, Stravinski a aussi incarné les mutations socioculturelles de son temps : toutes ses activités ont été marquées par l’individualisation des projets artistiques, l’alliance des cultures dans l’exil, le développement des industries culturelles et l’évolution du monde des médias. À travers les textes rassemblés ici, Stravinski dévoile nettement cette faculté de capter et d’intégrer ces transformations dans sa recherche artistique qui a fait de lui une icône de la vie musicale du xxe siècle.

    Cette autorité, comment s’est-elle imposée alors même que Stravinski a toujours cultivé un lien ambigu avec l’écrit, et que, de toute évidence, nous ne sommes pas en présence d’un écrivain ? De fait, son intérêt pour l’expression publique ne s’est imposé que progressivement : après quelques modestes lettres ouvertes, c’est à l’âge de quarante ans qu’il abandonne son refus systématique de s’exprimer sur sa musique ou celle d’autrui. Sans avoir une réelle attirance pour l’écriture, il comprend alors le bénéfice d’un investissement discursif et délaisse ses principes. C’est en 1923 que le compositeur rédige un premier texte consacré à l’une de ses oeuvres, “Quelques idées à propos de mon Octuor”, où il plaide pour le respect strict du texte musical. En introduisant dans ces “Quelques idées” une longue digression sur la déformation que les musiciens risquent de faire subir aux oeuvres à force de les “interpréter”, Stravinski annonce entre les lignes sa décision prochaine de se faire lui-même le porteparole de ses oeuvres, comme pianiste et comme chef d’orchestre. Ce tournant s’opère en effet en 1924 : sa carrière d’interprète, au service de celle du compositeur, le mènera désormais dans toutes les villes d’Europe et des États-Unis, où partout la presse réclamera les opinions, voire les prédictions, de celui qu’elle considère parfois comme “le plus grand compositeur vivant”.

    Pour qui parcourt ce recueil des textes et des entretiens d’Igor Stravinski avant 1940, il devient clair que le compositeur a déployé instinctivement des stratégies discursives dans ses relations avec les médias, en acceptant d’adosser publiquement ses réflexions personnelles à sa production musicale, sans pour autant que ses propos ne viennent compléter son oeuvre, ni la définir. Il en a tiré deux bénéfices évidents, tant de l’extérieur, pour son image, que de l’intérieur, pour sa pensée.

     

    Stravinski chez Actes Sud

    2e Tableau : Destruction du palais de Katcheï

    Le DJinn


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