Derniers-nés des Musicales : Stravinsky en "Siècles Live"

    Le Sacre du Printemps

    IGOR STRAVINSKI
    Le Sacre du Printemps
    Re-création de la version jouée le 29 mai 1913
    Petrouchka
    Version 1911
    Série : “Les Siècles Live”

    François-Xavier Roth
    Compositeur : Igor Stravinski

    Parution le 7 mai 2014

     

     

    29 mai 1913, théâtre des Champs-Élysées : l’un des plus grands scandales de l’histoire de la musique agite Paris. Les Ballets Russes créent le nouveau ballet d’Igor Stravinsky et Vaslav Nijinsky, Le Sacre du printemps. Le public révolté couvre sous les huées l’orchestre que Stravinsky a confié dans la fosse à Pierre Monteux. La création du Sacre du Printemps vient pourtant couronner plusieurs années de collaboration fructueuse entre Stravinsky et Diaghilev, ajoutant son troisième volet à la “Trilogie russe”, inaugurée en 1910 avec L’Oiseau de feu et poursuivie en 1911 avec Petrouchka.
    Pour célébrer ce centenaire, François-Xavier Roth, avec l’autorisation exceptionnelle des éditions Boosey & Hawkes et avec le concours du musicologue Louis Cyr, s’est attaché à restituer Le Sacre du printemps tel qu’il fut donné le soir du 29 mai 1913. Cette œuvre, dont l’histoire s’entremêle avec celle de la Première Guerre mondiale, ne sera éditée que huit ans après sa création et subira, tout au long de la vie de Stravinsky, diverses modifications et corrections, de la part du compositeur et de mains étrangères.
    Ce travail musicologique rend à la partition ses couleurs originelles, dont on entend mieux que jamais toute la modernité et la radicalité.

     

    Les Siècles

    En 2003, le chef d’orchestre François-Xavier Roth décide de créer un orchestre d’un genre nouveau : Les Siècles. Formation unique au monde, réunissant des musiciens d’une nouvelle génération, jouant chaque répertoire sur les instruments historiques appropriés, Les Siècles inscrivent leur démarche dans une dynamique de synthèse, mettant en perspective, de façon pertinente et inattendue, plusieurs siècles de création musicale.

     

    François-Xavier Roth

    Il est l’un des chefs les plus charismatiques et entreprenants de sa génération. Depuis 2011, il est Directeur musical du SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg. A partir de 2015 il est nommé Generalmusikdirektor de la ville de Cologne, réunissant la direction artistique de l’Opéra et de l’orchestre du Gürzenich.

     

     

     

     

     

    Entretien avec François-Xavier Roth

     

    Pourquoi mettre en regard Petrouchka (1911) et Le Sacre du Printemps (1913) ?

    En 2010, nous avons débuté avec Les Siècles, une Odyssée des Ballets Russes dont le point de départ était de recréer l’orchestre de Ballets Russes qui avait assuré à Paris les créations fameuses de cette compagnie. Après avoir joué et enregistré L’Oiseau de feu cette année-là, pour en célébrer le centenaire, il m’a semblé tout naturel de poursuivre en 2013 cette aventure avec les deux autres grandes œuvres d’Igor Stravinsky pour la compagnie de Diaghilev : Petrouchka et Le Sacre du Printemps, créées cent ans plus tôt.


    Une reconstitution du Sacre tel qu’il a pu être entendu le 29 mai 1913 ?

    Nos recherches sur Le Sacre du Printemps ont débuté en 2011 par la réunion de sources d’informations diverses. Nous nous sommes appuyés sur des travaux musicologiques, en premier lieu ceux de Louis Cyr, complétés par des textes de Robert Craft et Pieter van der Toorn ainsi que deux listes d’errata établies par Igor Markevitch en 1947 et Glenn Block en 1984. Nous nous sommes attachés essentiellement à la comparaison de trois partitions : une copie du manuscrit autographe de la main d’Igor Stravinsky, dont l’original est conservé à Fondation Paul Sacher de Bâle, un exemplaire de la première édition (Edition Russe de Musique, 1922), à travers une copie de la partition utilisée et annotée par Pierre Monteux à partir des années 1920, puis la partition de la version définitive parue chez Boosey & Hawkes (nouvelle édition de 1947, réimprimée en 1967).
    Ce nouvel enregistrement présente pour la première fois au disque une proposition de reconstitution du Sacre du Printemps tel qu’il a pu être entendu le soir du 29 mai 1913 au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Cette publication a reçu l’autorisation exceptionnelle des éditions Boosey & Hawkes Music Publishers Ltd à l’occasion du centenaire. L’édition de 1967 publiée par Boosey and Hawkes, demeure la seule édition autorisée à la représentation.


    Nous connaissons bien aujourd’hui l’apport des instruments historiques pour les répertoires baroque et classique, mais moins pour les répertoire romantique et du début du XXe siècle. Quelles sont les différences fondamentales entre les instruments du début du XXe siècle et nos instruments modernes ? Qu’apportent ces instruments pour révéler ces partitions du début du XXe siècle et quel défi cela représente ?


    Quand on pense à Petrouchka ou au Sacre du Printemps, il est vrai que l’on pense à deux chef-d’œuvres ancrés dans le XXe siècle et l’on a peine à croire que ces musiques ont été écrites pour des instruments qui ne nous sont plus connus. Pourtant, il n’en n’est rien, comme nous en avons fait le constat avec les musiciens des Siècles, en réunissant les instruments du début du XXe siècle pour reconstituer cet orchestre des Ballets Russes. Les instruments utilisés à l’époque étaient de manière générale beaucoup plus typés et caractérisés qu’aujourd’hui.


    Quelques exemples : dans cet enregistrement, les tubas de l’orchestre sont des instruments qui mesurent environ une soixantaine de centimètres, ce qui n’a rien de comparable aux gros tubas symphoniques que l’on entend aujourd’hui dans les grands orchestres internationaux qui mesurent autour d’un mètre. Les percussions sont aussi plus timbrées et caractéristiques. Ecoutez le petit trombone qui a créé Le Sacre du Printemps, il est très loin et différent du gros trombone en usage partout aujourd’hui. Parmi les cuivres, il faut citer spécialement les cors français à pistons, au nombre de huit dans Le Sacre du Printemps, qui se distinguent par leur fragilité, leur sonorité sombre et tendue, supplantés partout aujourd’hui par des cors à palettes de système allemand.


    Toute la famille des bois : les flûtes, les hautbois et bien sûr le fameux basson français qui n’avait pas encore cette clé d’octave pour jouer le solo légendaire qui ouvre Le Sacre du Printemps. Cette clé fut même inventée par la suite pour faciliter l’émission de ce solo dans le registre suraigu. On comprend comment les bassonistes de l’époque ont pu souffrir pour jouer ce premier solo. Il faut citer également les cordes qui, à l’image de toutes les sections de cordes des orchestres européens de l’époque sont en boyaux, ce qui leur donne une couleur et une âpreté tout à fait sidérante par rapport aux cordes en acier. Enfin, il ne faut pas oublier dans cet enregistrement, le piano de Petrouchka, daté de 1892 et de marque Pleyel, au timbre très typé si on le compare aux pianos de concerts modernes. Nous avons eu la chance d’avoir pour ces concerts et ce disque tous ces magnifiques instruments de facture française, réunis avec beaucoup d’attention par les musiciens des Siècles.

     

     

     


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