Japon, rêves d'éternité | Actes Sud
Imprimerie nationale
Hors collection

Octobre, 2012 / 33,0 x 48,0 / 132 pages


ISBN 978-2-330-01119-2
prix indicatif : 79, 00€


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Japon, rêves d'éternité

Felice BEATO

En 1863, moins de dix ans après l’ouverture du Japon à l’Occident, obtenue par le commodore Perry, Felice Beato – déjà rendu célèbre par ses reportages sur la guerre de Crimée (1855), la révolte des Cipayes (1857) et la seconde guerre de l’Opium (1860) – rejoint à Yokohama son compatriote Charles Wirgam, avec lequel il fonde une société de photographes. Les vues du Japon qu’il rassemble dans ses deux albums publiés en 1868, Native types et Views of Japan, créent un choc pour le public occidental et contribuent grandement à la fascination durable qu’exercera sur lui cette civilisation ainsi révélée. Inspiré par la peinture et l’estampe japonaises, Beato colorie à la main, délicatement, ses épreuves, à la fois par souci de vérité du détail et pour rendre plus sensible l’harmonie et la poésie, jusque-là inédites, des lieux, des rites et des gens.
Beato influence à son tour les artistes locaux – tel Kusakabe Kimbei, son élève – qui, désignés aujourd’hui sous le vocable générique d’“école de Yokohama” ou simples photographes anonymes, restituent de leur pays une image idéalisée, précise et immuable, en imitant les techniques et le style de leur modèle occidental. Étonnante et féconde osmose : l’adoption immédiate de la technique étrangère sert à magnifier et à approfondir le sentiment d’une identité propre, en en fixant l’image et l’idée. Ce goût paradoxal mais si caractéristique des Japonais pour l’immémorial joint à l’innovation tranche avec notre faculté d’oubli. Jadis pourtant, le raffinement de cet esprit trouva de multiples échos chez les poètes symbolistes et des reflets dans la peinture des impressionnistes, des Nabis, des artistes de la Sécession viennoise ou de l’expressionnisme abstrait…
D’un format in-folio et d’une qualité plastique exceptionnels, le livre fait la part belle aux artistes autochtones qui évoquent la douceur ineffable des paysages, naturels ou composés par l’homme ; celle, surtout, de l’univers féminin – aristocrates, geishas, enfants, adolescentes. Pourtant guerrier, l’univers masculin est la grâce même, somptueux uniformes chamarrés, corps au décor tatoué. La dureté que l’on devine des travaux et des jours se pare à son tour d’une noblesse hiératique qui la sublime sans la nier. Haïkus de Bashô, de poétesses contemporaines (la princesse Masako) ou médiévales (Nukata no Okimi, Kasa no Iratsume), préceptes du bouddhisme zen et de l’art des samouraïs sous-tendent, tels des fils de soie, la délicate architecture de ce rêve d’éternité.



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