Passagers clandestins | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Hors collection

Novembre, 2008 / 11,5 x 21,7 / 480 pages

traduit de l'anglais (Canada) par : Isabelle MAILLET
ISBN 978-2-7427-7993-2
prix indicatif : 24, 20€


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Passagers clandestins

Timothy FINDLEY

Constatant la méchanceté et la perversité des hommes, ainsi qu’il est raconté dans la Bible, Dieu décida de provoquer un déchaînement de pluies torrentielles et d’inondations sur la terre pour y détruire toute vie. Un homme, Noé, trouva toutefois grâce à ses yeux, car il apparaissait juste, pieux et intègre. Dans ces conditions, il fut choisi pour survivre et perpétuer sa lignée. Dieu, pour cette raison, dit à Noé de construire une arche. « Et Noé entra dans l’arche avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, pour échapper aux eaux du déluge », dit la Genèse.
« Rien ne s’est passé comme on nous le raconte, tout le monde le sait, écrit Timothy Findley. D’abord, on voudrait nous faire croire qu’il n’y a jamais eu de querelle ni de mouvement de panique – personne n’aurait été piétiné, aucun animal n’aurait hurlé, aucun être humain n’aurait poussé de hauts cris… (…). On voudrait aussi nous faire croire qu’il n’y a pas eu le moindre sentiment d’effroi – que Noé et ses fils, détendus à la poupe, sirotaient du porto et fumaient un cigare sous un auvent de toile rayée de bleu et de blanc, arborant probablement casquettes de yachtmen, pantalons de coutil blanc et blazers. Que Mme Noyes et ses belles-filles remontaient la passerelle à pas légers, apprêtées, pomponnées et bien au sec sous leurs parapluies, se retournant pour crier : « Au revoir, tout le monde ! » Et tous leurs amis de répondre : « Bon voyage ! » »
Cinquième roman de Timothy Findley, après le bouleversant The last of the crazy people (Le Dernier des fous, 1967) et avant le magistral Headhunter (Le Chasseur de têtes, 1993), Not wanted on the voyage (Passagers clandestins, 1984) est la réécriture de deux mythes fameux de la Genèse : celui du Déluge et celui de l’Arche de Noé.
Dans cette fable néo-fantastique, le grand auteur canadien n’hésite pas à pourfendre allègrement des croyances multimillénaires et s’en prend à la figure tutélaire du patriarche Noé (ici Mr Noyes), lequel est présenté sous les traits d’un être détestable : tyrannique, dominateur, cruel, entêté. Face à lui, la figure rebelle et sympathique de son épouse alcoolique et fantasque (MmeNoyes) qui a choisi le camp des opprimés, de tous ceux qui ne répondent pas à la norme : les « différents », les « pas-comme-les-autres », les marginaux, les laissés pour compte, les exclus (parmi eux des femmes, des enfants, des animaux), not wanted on the voyage, qui ne sont pas acceptés à bord. Sous la houlette de Mme Noyes, tout ce petit monde monte clandestinement dans l’Arche (on y trouve des animaux qui parlent, Mottyl, une chatte aveugle, des êtres hybrides et Lucy, devenue la figure positive de Lucifer) et vient contrecarrer l’entreprise de brutale sélection des espèces conduite par Noé. Le sinistre processus totalitaire est enrayé. La joyeuse résistance est en marche. L’autorité du « dictateur », du «fondamentaliste », de l’homme violent et violeur, sous les traits duquel Noé est présenté, est mise en échec par une femme, sa femme, toujours traitée comme quantité négligeable. Timothy Findley s’en donne à cœur joie, démystifie à tout va et le fait de façon subversive, voire blasphématoire.
En apportant un éclairage très personnel à cet épisode de la Genèse, Timothy Findley, pose de façon prémonitoire la question de la survie de l’homme sur terre et de toutes espèces animales aujourd’hui. Ce qui fait de ce roman une fable moderne nourrie par les grandes questions d’aujourd’hui : le dérèglement climatique, la disparition d’espèces animales, les souffrances infligées aux animaux, etc., toutes questions que le romancier, homme engagé, posa dès les années 1970.
Timothy Findley, écrivain, acteur, dramaturge est né au Canada à Toronto en 1930. Il fait ses études au Saint-André’s College et au Jarvis College de Toronto et abandonne le Collège pour des raisons médicales. Il étudie ensuite le jeu scénique au Royal Conservatory of Music de Toronto avec Clara Baker, puis avec Sterndale-Bennett et enfin à la Central School of Speech and Drama à Londres. Il étudie aussi le ballet avec Janet Baldwin. De 1953 à 1957, il est acteur et se produit en Amérique du Nord et en Europe. Durant cette période, il commence à écrire et passe une partie de son temps, à Hollywood en 1957 et en 1958. Il devient rédacteur commercial pour la radio CFGM de Richmond Hill en Ontario et écrit également des scénarios.
En 1967 paraît son premier roman, The Last of the Crazy People, qui remporte le prix du Gouverneur général. A partir de ce moment, il se consacre pleinement à l’écriture. Il est l’auteur de 9 romans, 4 recueils de nouvelles, 8 pièces de théâtre et de nombreuses pièces radiophoniques et documentaires réalisés avec son compagnon William Whitehead.
Timothy Findley a obtenu de très nombreuses récompenses dont le Prix du Gouverneur général du Canada, pour The Wars en 1977, le Prix littéraire Trillium du gouvernement de l’Ontario pour son recueil de nouvelles Stones en 1989. Il a été fait docteur honoris causa en lettres de la Trent University en 1982, de l’University of Guelph en 1984 et de la York University en 1989.
En France, l’ensemble de son œuvre a été publiée jusqu’ici au Serpent à plumes et souvent reprise en Folio. Timothy Findley est mort en Provence en 2000. Il a été l’un des écrivains canadiens parmi les plus lus et aimés au monde.


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