Vaincre à Rome | Actes Sud
[Actes Sud] Littérature
Domaine français

Août 2019 / 11,5 x 21,7 / 176 pages


ISBN 978-2-330-12498-4
prix indicatif : 18, 50€


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Vaincre à Rome

Sylvain COHER

Rome, samedi 10 septembre 1960, 17 h 30. Dans deux heures, quinze minutes et seize secondes, Abebe Bikila va gagner le marathon olympique. En plus de battre le record du monde en terre italienne plus de vingt ans après la prise d’Addis-Abeba par Mussolini, le soldat éthiopien va courir les quarante-deux kilomètres et cent quatre-vingt-quinze mètres pieds nus. “Vaincre à Rome, ce serait comme vaincre mille fois”, a dit Hailé Sélassié. Vaincre pieds nus, c’est comme jouer sur les pistes des hauts plateaux abyssins. En pleine période de décolonisation et de démembrement des empires européens, un jeune Africain remporte l’or et couronne tout un continent.
Seul un tour de force littéraire pouvait rendre compte d’un tel exploit sportif : Sylvain Coher parvient à insuffler à la langue le rythme, la mécanique, les accélérations d’une course de fond, jusqu’au bien-être des endorphines, jusqu’à l’envol final du sprint. Devenu Petite Voix dans la tête du champion, il se coule dans la cadence variable de sa foulée infatigable pour raconter comment grandissent les héros, comment se relèvent les peuples, comment se gagnent les revanches et comment naissent les légendes.

La première fois que j’ai entendu parler d’Abebe Bikila c’était à la télévision il y a une quinzaine d’années. Un documentaire sur les « Légendes du sport » – de ces programmes qu’on regarde d’un oeil en attendant le sommeil. J’ai observé cet Éthiopien filiforme courir le marathon à Rome le 10 septembre 1960 ; j’ai vu le zoom de la caméra sur ses pieds nus et j’ai griffonné son nom dans mon carnet de notes. Celui d’un simple soldat qui allait devenir le premier champion olympique africain de l’His­toire. Plus tard j’ai pu commencer à écrire sur cette course à la Villa Médicis, en me docu­mentant et en refaisant plusieurs fois l’étonnant parcours dans la Ville éternelle. Véritable légende sportive, le « coureur aux pieds nus » me fascine toujours autant. Ses performances et sa vie tragique en font un personnage roma­nesque presque mythologique ; un double contemporain du Philippidès de l’Antiquité.

Le contexte de cette année phare de la décolo­nisation et la proximité des deux guerres italo-éthiopiennes dessinaient les contours politiques de l’exploit. Il m’a fallu plusieurs années encore pour poser la trame du roman dans l’intervalle strict de la course, durant les 2 heures 15 minutes 16 secondes du marathon d’Abebe. À la pre­mière personne, pour que le flux de conscience du coureur puisse aller au plus près de celui du lecteur. Il ne me restait plus qu’à trouver la musique et le rythme d’un roman que je voulais « performatif » : écrire en fonction du corps, pour éprouver par procuration la force inté­rieure qui accompagne le héros jusqu’à la vic­toire. Lire comme on court est le pari de ce livre.’’

 

S. C.




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