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Trois femmes disparaissent



Quand le cinéma et la vie s’allient pour fabriquer du romanesque féroce, l'œil de l’écrivaine s’allume. Qu’ont en commun "Les Oiseaux", "Marnie", "Body Double", "Working Girl", "Le Bûcher des vanités" et "Cinquante nuances de Grey" ? Autrement dit, deux indéboulonnables classiques d’Alfred Hitchcock, la bande image des années 1980 et le plus grand phénomène de porno-soft de notre époque ? Leurs héroïnes : Tippi Hedren, Melanie Griffith, Dakota Johnson, trois femmes activement disparues de mère en fille…
Sur le mode d’une narrative non-fiction réinventée, Hélène Frappat signe une enquête arachnéenne sur le réel proprement surréaliste d’une lignée de stars hollywoodiennes maudites. Et nous fait *voir* comme jamais ce que nous avions pourtant sous les yeux *depuis le début*.


« J’AI TOUJOURS AIMÉ LES FUGITIVES.

Dans les romans et les films, c’est une femme qui marche trop loin sur la plage, s’écarte de ses habitudes, s’éloigne de sa vie, change de direction. L’heure du dîner est passée depuis longtemps quand elle entre dans un hôtel anonyme et prend une chambre sous une nouvelle identité. Parfois elle a même eu le temps de se débarrasser de ses anciens vêtements et d’endosser une perruque.

Que fuit-elle ? Elle-même ne le sait pas. Peut-être attend-elle, dans sa chambre d’hôtel vide, qu’un détective la retrouve et prenne en note, sur son petit carnet noir, le récit de la fugue qui l’a menée là ?

J’ai toujours aimé les actrices.

J’ai cinq ans, je dois veiller tard. Au Cinéma de minuit, je suis foudroyée par l’apparition de Rita Hayworth dans Gilda. Des semaines durant, je pose inlassablement à ma mère la même question : « Comment elle s’appelle, la dame ? » Je m’endors en mâchant maladroitement les syllabes de son nom.

Sur l’écran – du cinéma, de notre mémoire –, les actrices font en grand ce que font toutes les femmes. Les actrices sont en grand ce que tous les êtres humains sont.

J’ai toujours aimé les détectives.

Petite, je me prenais pour Fantômette. J’embarquais mes camarades de classe dans des filatures clandestines. La rue est souvent louche aux yeux d’une enfant.

Il y a vingt ans, hypnotisée par le documentaire de Rosanna Arquette, Searching for Debra Winger, sur une star hollywoodienne disparue des radars, j’ai écrit un article pour La Lettre du cinéma. Je pressentais que « le fantôme, ou le fantasme de toute actrice, c’est disparaître, en continuant à exister ».

Il m’a fallu vingt ans pour écrire ce fantôme, et ce fantasme. Vingt ans pour partir à la recherche de mes trois héroïnes : la grand-mère Tippi, la fille Melanie, la petite-fille Dakota. Pour faire revivre l’enfant détective. Pour enquêter sur une histoire louche, une histoire sale que le monde entier avait depuis des décennies sous les yeux, sans jamais vouloir la regarder en face. Les écrivaines détectives amnésiques sont tenaces : elles ne lâchent l’enquête que lorsque tous les recoins de l’énigme ont été éclairés par la magie inquiétante et bienfaisante d’un récit qui rend à chacun sa mémoire.”

H. F.

janvier, 2023
11.50 x 21.70 cm
192 pages


ISBN : 978-2-330-17412-5
Prix indicatif : 20.00€



Où trouver ce livre ?
Ce livre existe également en version numérique

Tippi Hedren, Melanie Griffith, Dakota Johnson : l’autrice documente avec fantaisie la généalogie fracassante et fracassée de trois stars hollywoodiennes. 

Hélène Frappat, conteuse hors pair, humoriste et lettrée délicate, parle de « légende moderne »

Gérard Lefort, LES INROCKUPTIBLES