Riviera | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Août, 2013 / 11,5 x 21,7 / 224 pages


ISBN 978-2-330-02365-2
prix indicatif : 19, 00€

Prix Contrepoint de littérature française - 2014

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Riviera

Mathilde JANIN

La musique les a réunis : Philippe, artiste majeur de la scène indépendante, et Nadia, vénéneuse émigrée à la tête d’un label. New York, fin des années 1980, ils écument les clubs, éclaboussant les noctambules de leur ostensible passion, et s’abandonnent à de violentes étreintes dont ils sortent victorieux ou humiliés. Ils sont jeunes et préfèrent la fièvre de l’instant à une vie sans ardeur.
L’exil les a soudés : Nadia, Philippe et sa soeur Frédérique s’envolent en 1990 pour Paris, fuyant le virus de souche Ebola qui ravage le continent américain. Le mur de Berlin est tombé et Nadia va pouvoir retourner sur l’île de son enfance, au milieu de la mer Noire, qui contient les souvenirs heureux et les scènes inavouables.
La mort les rassemble : le corps de Philippe est retrouvé à Berlin un jour de l’été 1992. La soeur et la veuve vont écrire ensemble la fin de l’histoire, ou en réinventer les prémices.
Riviera est un fascinant puzzle, un assemblage de vérités relatives, d’époques qui n’existent pas, de fauxsemblants et de lucides fulgurances qui confinent à la folie. Composé comme un album rock avec des thèmes, des changements de voix, des ruptures de rythme et des plages de silence, ce roman à l’écriture habitée érige le mystère érotique et l’énigme artistique comme remparts dérisoires contre la brutalité du réel.

«Il y a environ trois ans, alors que le h1n1 était à la mode, je me suis intéressée aux multiples virus apparus depuis les années 1960. J’ai appris qu’une épidémie d’Ebola avait éclaté en novembre 1989 parmi les singes d’un laboratoire américain situé non loin de Washington, D.C. À cette époque, à Seattle, Mark Arm du groupe de grunge Mudhoney chantait Touch me, I’m sick. Ces deux faits, sans rapport entre eux, j’ai eu envie de les lier.

Écrire sur le rock, c’est accepter une trahison ; c’est ériger des mythes à partir de bribes incertaines, c’est substituer à la stridence du bruit la clarté d’un discours. De ce paradoxe, et du désir d’y échapper, est né le roman ; voilà pourquoi, dans Riviera, de nombreuses histoires s’entremêlent, dont chacune ne contient qu’un fragment de vérité.

Aux origines de ce puzzle, il y a d’abord un virus. Il éclate aux États-Unis à la fin de la guerre froide et en modifie l’issue. Il y a ensuite un label, dans le New York des années 1980. Il y a également une île aux allures de terre promise, située en pleine mer Noire. Il y a la musique, agencement ténu derrière les parasites sonores, mélodie délicate surgie du vacarme.

Ici et là, on reconnaît les traits de quelques artistes célèbres. On fraye avec la mafia de Brighton Beach. On suit une blonde et une brune, tour à tour femmes fatales et riot grrrls, aux contours si flous qu’ils pourraient à la fin se confondre. On découvre que les personnages ont tous fui leur pays d’origine ; qu’ils se sont arrachés à leur histoire, ont réfuté leur biographie pour s’inventer d’autres récits, acceptables mais meubles, bâtis sur les terrains poreux de la mémoire et du déni. Ces zones instables de construction, le roman tente d’en dresser la cartographie, à l’heure où, à cause d’une pandémie, d’un exode, les récits s’éboulent.»

M.J.

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