Programme sensible | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Février, 2013 / 11,5 x 21,7 / 256 pages


ISBN 978-2-330-01423-0
prix indicatif : 19, 50€


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Programme sensible

Anne-marie GARAT

Dans un deux-pièces de la banlieue parisienne ignoré du GPS et de Google Earth, Jason, devenu traducteur professionnel après avoir vécu plusieurs vies, entretient un secret et obsédant dialogue avec son ordinateur dont l’écran liquide semble receler de vivantes images de son passé refoulé dans une forêt nordique d’Estonie, vingt ans avant la chute du mur de Berlin. Et sur fond de divorce, de paternité diffi cile, de drame des sans-papiers, de rafle des camps “roms”, de réchauffement climatique et de tragédie de Fukushima, il affronte cette rémanence qui revêt les couleurs d’un conte originel, dont les ogres désormais numérisés, percutant inlassablement son inconscient et sa mémoire archaïques, l’obligent à se réinventer dans la vraie vie.
Puisant à diverses sources formelles, nourri de différents “mythes”, Programme sensible est sans doute, en France, l’une des premières fictions qui invitent délibérément notre rapport contemporain aux nouvelles technologies à se matérialiser dans la dramaturgie comme dans l’imaginaire du genre romanesque.

«Quel est ce Document, soudain ouvert plein écran sur un chemin enneigé de forêt nordique ? Que trafi que cet individu seul dans son deux-pièces en banlieue populaire loin du métro et du RER, ignoré du GPS et des cartes de Google Earth, est-il un homme augmenté ? Dès que je tente de le géolocaliser par capteur au laser et à 360 degrés, les pixels de mon écran se brouillent. D’ailleurs, il me tourne le dos. Assis devant son ordinateur comme moi devant le mien. On dirait que ça sent le mazout.
Dehors, il pleut continûment, météo pourrie ; il y a du raffut dans les rues du soir. Dans sa cave, il stocke des réserves de lentilles et de riz basmati, en vue du prochain attentat, de l’accident de type 7, du virus H5N1 mutant, de la fin des temps. Il évite le contact, commercial et sentimental, avec Fatou sa voisine malienne sans papiers, avec la caissière de la supérette comme avec les Roms du terrain vague. Cathy lui manque, sa fille aussi, et son ami Jack parti en Pologne recycler du déchet industriel, et l’on entend galoper un cheval fou aux mines d’argent de l’espace numérique mais on ne sait en quelle langue étrangère cela se présente. Aucun moteur linguistique ne traduira l’histoire tuante que tante Dee a greff ée à sa mémoire car son logiciel déraille, pire qu’un virus informatique ou qu’un prion pathogène : nous sommes les seuls survivants. Les autres sont morts, et bien fait pour eux. Il y a probablement du vrai dans ce qu’elle raconte.
Parfois, l’application quitte, inopinément, et tout disparaît. Parfois, l’écran liquide palpite, il se met à onduler franchement, humide, poreux, suscitant soudain des spectres. Alors dans la blancheur hivernale se dresse la maison où nous vivions, petits enfants des ogres.
M’est avis que cet ordinateur n’est pas une machine froide, plutôt un genre de générateur en surchauffe. Do you see what you mean, Jason ?»

Anne-Marie Garat

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