Acharnement | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Août, 2012 / 11,5 x 21,7 / 208 pages


ISBN 978-2-330-01262-5
prix indicatif : 19, 00€


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Acharnement

Mathieu LARNAUDIE

Depuis la défaite du ministre dont il rédigeait les discours, Müller a mis à distance sa fonction professionnelle de “plume”. Dans la quiétude de sa demeure champêtre, il s’ingénie à élaborer l’allocution politique idéale, s’accordant quelques addictions (séries policières télévisées et petits verres de Chartreuse) et observant d’un oeil acerbe, en connaisseur, les campagnes électorales qui se succèdent et ramènent aux affaires des ambitieux qu’il a jadis côtoyés. Mais sa retraite est bientôt troublée par d’intempestifs suicidaires, des inconnus qui, du viaduc surplombant sa propriété, viennent s’écraser dans ses plates-bandes.
Le compulsif assemblage des mots, face au silence du désespoir. Ces deux réalités, une écriture caustique les met en miroir pour mieux illustrer les paradoxes de la rhétorique et l’incapacité de la parole à prendre en compte ce qui survient…
Après Les effondrés où il questionnait la chute de la doxa ultralibérale, Mathieu Larnaudie confirme sa capacité d’engager la fiction dans un décapage rigoureux des stratégies, effets de manches et belles envolées du langage qui nous gouverne.

« C'EST D'ABORD UNE SIMPLE IMAGE, survenue à la lecture de je ne sais plus quel quotidien, à la rubrique des faits divers : l’ombre d’un viaduc qui s’étend sur une vallée, et de ce viaduc des corps qui tombent. Des corps mystérieux, muets, ou plutôt dont le cri ultime tient lieu de toute parole.
C’est ensuite, comme venant s’enrouler autour de cette première image, une autre ombre : celle des tribuns derrière lesquels se cachent les artisans anonymes d’une parole, celle-ci, codée à l’extrême, patinée par l’opinion, conçue pour convaincre – l’inverse d’un cri. Le métier de “plume” est mal connu : par essence, les auteurs de discours politiques sont voués à l’effacement, à la discrétion. Cette position paradoxale m’a toujours intrigué : comment se fabrique le discours politique ? Comment s’incarne ou se désincarne-t-il ? Surtout, je me suis étonné que cette position n’ait, à ma connaissance, jamais été vraiment représentée et questionnée dans la littérature – sans doute parce que ce discours fait un usage de la langue qui se situe précisément aux antipodes de ce que cherche la littérature : ce sont deux idées irréconciliables du langage, de ses pouvoirs ; deux idées irréconciliables, aussi, de ce qu’on appelle un “auteur”. C’est peut-être cela même que le roman explore : cette impossible réconciliation. C’est, en tout cas, un théâtre où les ombres se hantent les unes les autres, où les fantômes du passé apparaissent à la télévision, et où les fantômes qui s’accumulent au pied du viaduc leur font un écho sourd, morbide et burlesque.
Dans Les effondrés, j’évoquais la crise d’un discours idéologique : celui que la crise financière de 2008 a brutalement remis en cause. Le récit était en prise directe sur l’actualité. Au moment où paraît Acharnement, en France en 2012, nos esprits résonnent encore des paroles qui ont animé la campagne présidentielle. J’avais commencé le livre avant, je l’ai fini pendant. Il me plaît de croire que l’on peut y trouver quelques traces de cette récente actualité et d’acteurs de notre histoire politique récente. »

Mathieu Larnaudie

Acharnement

Acharnement

Mathieu larnaudie lit un extrait d'"Acharnement"


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