Les mal famées | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Un endroit où aller

Août, 2000 / 10,0 x 19,0 / 224 pages


ISBN 978-2-7427-2876-3
prix indicatif : 15, 30€


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Les mal famées

Anne-marie GARAT

Il y a de temps à autre des romans que, sitôt ouverts, on ne lâche plus avant l’épilogue car la fascination de l’intrigue conjuguée à l’entrain de l’écriture vous emporte comme un torrent. Les mal famées est un de ces romans-là. A peine est-on entré avec Lise et Marie dans la maison d’angle qu’elles ont choisie pendant la guerre, dans un quartier évacué de la ville, que l’on se sent engagé dans une histoire sans escales et que l’on est certain d’aller jusqu’au bout du voyage…
Marie, femme d’âge mûr, cuisinière de talent, a pris sous sa protection la jeune Lise, culottière, giletière, couturière à façon, et elles sont devenues comme mère et fille. Les pénuries, le froid, la pauvreté, les bombardements qu’elles endurent en ce temps de guerre n’entament pas le bonheur qu’elles se donnent l’une à l’autre. Malgré leurs assiettes vides, Marie a entrepris d’initier Lise à l’art culinaire en lui livrant ses secrets de cordon-bleu, et souvent les mots ont pour ces deux-là des relents de rôtisserie. Pas d’héroïsme pour les deux femmes, même si elles cachent une petite fille, même si elles tuent pour lui sauver la vie, tout n’est que bel et pathétique égoïsme : elles veulent, malgré les événements et les tourments, profiter du bonheur chiche qu’elles ont si difficilement conquis.
Ecrit dans une continuité jubilante et dans une intimité constante avec les personnages, Les mal famées raconte en vérité la détresse sauvage des mal-aimées : mère sans enfant, enfant sans mère, femme sans fiancé, femme vouée à la solitude, femme sans espoir, et ce roman montre, par l’exemple de Lise et de Marie, l’insoupçonnable capacité de certaines d’entre elles à répondre à la misère par des salves de désirs. Dans ce récit de la faim, de l’obscurité, de la peur et de la solitude, les sentiments naturellement généreux et la bonne chère se rencontrent, se mêlent, de manière presque terroriste. La cuisine y est un lieu incontournable où, comme dans les phrases d’Anne-Marie Garat, s’exprime la jubilation. Tel un cordon-bleu, l’auteur nous invite à goûter par son texte un beau mélange de réjouissances littéraires et dramatiques.



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