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Chaque matin depuis la rentrée, ensommeillés, mutiques, mal lunés, ils se retrouvent au point de ramassage – le grand Kevin, la fille Novembre, le Traître, les faux jumeaux, et puis lui. Aujourd’hui, il ne montera pas dans le car scolaire, il va rester seul au bord de la route, sous l’abribus, sous sa capuche, toute la journée. À regarder passer les voitures. À laisser son regard se perdre sur les terres du “sept-sept”, ce département vague entre Paris et la province, entre boue et bitume, où les villes sont de simples bourgs et les champs de mornes étendues de camaïeu brun. À se noyer dans les souvenirs d’avant l’été, quand le Traître s’appelait encore Enzo et qu’avec la fille Novembre ils formaient un trio inséparable.

Ce premier roman à l’énergie brute charrie la violence et l’innocence, l’âge des possibles et de l’insupportable, la construction des corps et la fracture des rêves dans un flux de conscience époustouflant de spontanéité, d’invention, de vérité.


Longtemps j’ai cru venir d’un paysage sans identité.

Ni tout à fait urbanisée, ni entièrement rurale, j’ai grandi dans une zone sans réelles histoire ni culture auxquelles me rattacher. J’enviais secrè­tement celles et ceux de la ville qui me parais­saient connectés en haut débit à tout ce qui palpite ; j’admirais et craignais celles et ceux des périphéries que je fantasmais comme braves et prompts à tout retourner sur leur passage ; je respectais celles et ceux des provinces qui me semblaient avoir quelque chose à protéger et à chérir. Moi, je venais seulement d’une zone où rien ne se passe et où personne n’arrive, pas assez vive et pas totalement morte, quelque part au croisement exact entre le bitume et la boue.

Du bitume et de la boue, on doute rarement de qui enfouira qui.

Alors, pour mieux la saisir avant sa dispari­tion, j’ai d’abord voulu écrire cette terre sans histoire ; mais le roman m’a tracté sur d’autres sillons : ceux d’une réalité pétrie d’entre-deux. Entre la mémoire et le paysage, entre la fange et le goudron, entre l’enfant et l’adulte, entre le jeu et le coup, entre l’oubli et le mensonge, entre l’amour et l’amitié, entre le genre et la sexualité, entre l’injonction à se construire en « vrai bon­homme » et le désir de devenir soi-même, entre la rage et l’abandon, entre la fureur et l’étreinte, entre le silence et les non-dits, entre la houle et l’impact.

C’est de cette bifurcation dans la terre que naîtrait la voix du narrateur.

Une voix si ancrée dans le paysage qu’elle l’incarnerait totalement, se faisant à la fois témoin et porte-parole d’une génération d’ou­bliées et d’oubliés de toutes provenances. Une voix pour emporter cette génération plus loin que la capuche dont elle serait protégée, plus loin que l’abribus où elle se tiendrait recluse, plus loin que l’étendue de terre qui l’entourerait avec la nationale pour seul horizon, et pourquoi pas aller encore plus loin, au-delà du territoire, au-delà des souvenirs, au-delà de l’adolescence, au-delà de la violence, au-delà de toute injonc­tion, au-delà du silence.’’

 

M. E.

août, 2019
11.50 x 21.70 cm
224 pages


ISBN : 978-2-330-12545-5
Prix indicatif : 19.00€



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Prix Coup de cœur du salon Livres en vignes -
Premier prix de L’Île aux livres – salon de l’île de Ré -

La plume superbe et nerveuse d’un romancier qui promet.

Rock Hardi

Drôle, poignant, inventif en diable : une très belle surprise.

Blog L’autre quotidien

Peintre des réalités contemporaines, Marin Fouqué est devenu, le temps d’un roman, l’observateur des vies qui hésitent entre la résignation à leur « emprisonnement » et l’évasion, symbolisée par les voitures qui passent en trombe.

Anne-Marie Mitchell, La Marseillaise

Marin Fouqué donne voix à l’innocence autant qu’à l’amertume, pour « emmener au-delà », dit-il. Loin du sentiment d’abandon, des espoirs brisés, loin du concept de virilité, loin de la violence comme réponse. Vers tous les possibles.

Juliette Savard, I-D Vice

Et son premier roman reprend, sans voler, élégamment, discrètement et avec respect, beaucoup d’éléments du rap : pas pour surfer sur le succès du rap et donner à sa littérature un côté hype. Mais l’introspection, la langue, le rythme, le vécu, les contradictions et injonctions dans la construction de sa propre masculinité : tous ces éléments s’accordent parfaitement à beaucoup de chansons de rap [...] Tout en rythme.

Vassily Carpentier, BondyBlog

Brillant premier roman de Marin Fouqué, 77 manifeste une poésie de la mise à l’épreuve, une poésie au travail.

Rose Vidal, AOC

Marin Fouqué mêle une écriture brute et rythmée.

Virginie Relouzat, La République de Seine et Marne

Un texte fort, émouvant, écrit dans une langue musicale, proche du flow d’un slam inspiré. Hommage « à toutes les personnes encapuchées qui cogitent en spirale pendant des heures aux issues possibles ». Hommage aussi à ces territoires prétendument « sans histoire » [...] Un premier opus prometteur.

Fred Robert, Zibeline

Dès les premières pages, le lecteur plonge, captivé, bousculé, enivré par le flux de la prose de Marin Fouqué. Irrésistible.

Danactu-Résistance

Son 77 va faire du bruit.

Union Presse

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