Considérations sur le malheur arabe | Actes Sud
Babel
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Avril, 2008 / 11,0 x 17,6 / 112 pages


ISBN 978-2-7427-7433-3
prix indicatif : 6, 60€
Babel n° 884


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Considérations sur le malheur arabe

Samir KASSIR

Il n’est pas facile d’être arabe de nos jours. Où que l’on se tourne, du Golfe à l’Océan, le tableau paraît sombre. Pourtant, sans remonter à l’âge d’or de la civilisation arabo-musulmane, il y eut un temps guère lointain où les Arabes pouvaient se projeter avec optimisme dans l’avenir. Comment en est-on arrivé à la situation actuelle ? Comment est-on parvenu à faire croire aux Arabes qu’ils n’ont d’autre avenir que celui que leur destine un millénarisme morbide ? Comment a-t-on pu déconsidérer une culture vivante pour communier dans le culte du malheur et de la mort ? A ces questions, Samir Kassir cherche à apporter des réponses nuancées et originales. Revisitant l’histoire contemporaine, il étudie l’irruption de la modernité en terre arabe et analyse l’ampleur des mutations qui ont bouleversé le champ social, au moins jusqu’au début des années 1970. Il conclut sur la conviction que rien, et surtout pas leur héritage culturel, ne devrait empêcher les Arabes d’être de nouveau les sujets de leur propre histoire.
Né à Beyrouth en 1960, Samir Kassir était éditorialiste au grand quotidien An-Nahar et professeur d’histoire contemporaine à l’université Saint-Joseph. Il a été assassiné le 2 juin 2005 à Beyrouth, dans un attentat à la voiture piégée. Il est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels Histoire de Beyrouth (Fayard, 2003) et Liban, le printemps inachevé (édition posthume, Sindbad/Actes Sud, 2006).

LA CRITIQUE EVENE par Étienne SORIN

Dans son avant-propos à ‘Considérations sur le malheur arabe’, Samir Kassir énonce clairement « d’où il parle », comme l’on disait chez les marxistes dans les années 70 : « L’auteur de ces considérations est un Arabe du Machrek, laïque (…) acculturé et même occidentalisé – pourquoi écrirait-il sinon en français ? – mais ne se percevant pas comme un aliéné à une culture étrangère et, en tout cas, peu désireux d’éradiquer ceux qui ne pensent pas comme lui. » Né à Beyrouth en 1960, assassiné dans un attentat à la voiture piégée dans cette même ville en 2005, Samir Kassir était éditorialiste au quotidien An-Nahar et professeur d’histoire contemporaine à l’université Saint-Joseph, auteur de plusieurs livres (‘Histoire de Beyrouth’, ‘Liban, le printemps inachevé’). Il écrit ‘Considérations sur le malheur arabe’ en 2004, dans le sillage du 11 septembre. La mort de Ben Laden et le « printemps arabe » ne rendent pas pour autant caduques ces considérations. Au contraire, le contexte actuel démontre l’acuité et l’originalité du regard de l’essayiste sur le monde arabe.

Du Golfe à l’Océan, le malheur dont parle Kassir est d’abord un sentiment d’impuissance. Eclatant au moment de la guerre en Irak, retardée par la société civile internationale, certainement pas par les « masses arabes ». Tout aussi évident et beaucoup plus profond concernant la Palestine - Kassir écrit ces lignes au moment où Israël érige le mur de séparation. Seule faction à échapper à la frustration, l’islamisme radical : « Même la dénonciation de la « croisade » occidentale a chez eux valeur de confirmation d’une supériorité de la victime à laquelle il est juste demandé de s’assumer comme victime et de gagner par là le paradis. » Cette impuissance dans les relations internationales se conjugue à un déficit démocratique, décrit ici tout en nuances. Ce qui n’empêche pas ce constat implacable : « Le monde arabe reste le seul système régional où cette tare est partagée par pratiquement tous les pays, si bien que la dictature proprement dite, serait-elle limitée à deux ou trois pays, l’Irak hier, la Syrie et la Libye toujours, colore le reste et relativisant les pseudo-démocraties, nivelle par le bas les libertés. » En conclusion de cet essai vif mais non polémique, l’auteur ne condamne pas les Arabes à vivre en dehors de la modernité. Nulle fatalité, mais une nécessité : « que les Arabes abandonnent le fantasme d’un passé inégalable pour voir enfin en face leur histoire réelle. En attendant de lui être fidèles. » Les révolutions en cours, aussi incertaines soient-elles, répondent à cette injonction.
[Source : Evene]



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