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    Svetlana Alexievitch | Prix Nobel de littérature 2015

     

    « J’ai toujours été curieuse de savoir combien il y avait d’humain en l’homme, et comment l’homme pouvait défendre cette humanité en lui. »

    Svetlana Alexievitch

     

     

    Lire le discours de Svetlana Alexievitch - 07.12.2015

     

     

    Alexievitch-Svetlana

    Svetlana Alexievitch, née le 31 mai 1948 en Ukraine, a longtemps vécu à la campagne, en Biélorussie, où ses parents étaient instituteurs. Diplômée de la faculté de journalisme de Minsk, elle a commencé sa carrière dans un journal rural. En 1985, son premier livre, La guerre n’a pas un visage de femme, recueil de témoignages d’anciennes combattantes de la Seconde Guerre mondiale, provoque une énorme polémique. L’ouvrage est jugé “antipatriotique, naturaliste, dégradant” et relevant de la haute trahison. Son livre, soutenu par Gorbatchev, se vend néanmoins à plusieurs millions d’exemplaires. Toujours en 1985, paraît Derniers témoins, la guerre vue par des femmes et des hommes qui, à l’époque, étaient des enfants. Les Cercueils de zinc (1990), recueil de témoignages de soldats soviétiques partis se battre en Afghanistan, est un nouveau scandale suivi d’un procès. Ensorcelés par la mort (1993), sur les suicides qui ont suivi la chute de l’URSS est publié avant La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse (1997), interdit aujourd’hui encore en Biélorussie. La Fin de l’homme rouge ou Le Temps du désenchantement (2014), sur la fin de l’URSS et ce qui a suivi, prix Médicis essai 2013, a été élu Meilleur livre de l’année par le magazine Lire.

    Aujourd’hui, Svetlana Alexievitch vit de nouveau en Biélorussie, à Minsk, après plusieurs séjours “obligés” à l’étranger.

     

     

    Parus chez Actes Sud


     

    Thesaurus

    Parution : octobre 2015 | Collection "Thesaurus"

    Au sommaire de ce thesaurus consacré à l’auteur de La Fin de l’homme rouge (Prix Médicis Essai – 2013), trois stupéfiants “romans de voix” qui mêlent les témoignages les plus terribles et les plus intimes de deux tragédies du siècle soviétique : la Seconde Guerre mondiale, racontée du point de vue des femmes qui l’ont vécue (La guerre n’a pas un visage de femme) et de ceux qui n’étaient à l’époque que des enfants (Derniers témoins), et la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (La Supplication).

    En s’attachant au quotidien, aux détails prosaïques qui font une vie, Svetlana Alexievitch compose des polyphonies singulières loin de la doxa patriotique, héroïque et sacrificielle. L’entrelacs des voix formé par ses récits restitue les émotions humaines dans toute leur complexité, et donne à voir, derrière le miroir, la vaste fresque tragique du siècle soviétique.

     

    Michel Eltchaninoff : Quelle vérité voulez-vous atteindre avec votre manière d'écrire, si particulière ?

    Svetlana Alexievitch : Je ne cherche pas à produire un document mais à sculpter l’image d’une époque. C’est pourquoi je mets entre sept et dix ans pour rédiger chaque livre. J’enregistre des centaines de personnes. Je reviens voir la même personne plusieurs fois. Il faut d’abord, en effet, la libérer de la banalité qu’elle a en elle. Au début, nous avons tous tendance à répéter ce que nous avons lu dans les journaux ou les livres. Mais, peu à peu, on va vers le fond de soi-même et on prononce des phrases tirées de notre expérience vivante et singulière. Finalement, sur cinquante ou soixante-dix pages, je ne garde souvent qu’une demi-page, cinq au plus. Bien sûr, je nettoie un peu ce qu’on me dit, je supprime les répétitions. Mais je ne stylise pas et je tâche de conserver la langue qu’emploient les gens. Et si l’on a l’impression qu’ils parlent bien, c’est que je guette le moment où ils sont en état de choc, quand ils évoquent la mort ou l’amour. Alors leur pensée s’aiguise, ils sont tout entiers mobilisés. Et le résultat est souvent magnifique. N’oublions pas que l’art de la parole est une tradition russe. Les Italiens ont la grande peinture, les Allemands la grande musique. Les Russes, eux, ont développé une culture logocentrique, qui exalte le verbe. Je ne suis donc pas journaliste. Je ne reste pas au niveau de l’information, mais j’explore la vie des gens, ce qu’ils ont compris de l’existence. Je ne fais pas non plus un travail d’historien, car tout commence pour moi à l’endroit même où se termine la tâche de l’historien: que se passe-t-il dans la tête des gens après la bataille de Stalingrad ou après l’explosion de Tchernobyl? Je n’écris pas l’histoire des faits mais celle des âmes.

    Extrait de l'entretien paru dans Philosophie Magazine en novembre 2014 et qui ouvre ce Thésaurus.

     

     

    Alexievitch-Svetlana

    Parution : septembre 2013 | Prix Médicis essai 2013

    Depuis Les Cercueils de zinc et La Supplication, Svetlana Alexievitch est la seule à garder vivante la mémoire de cette tragédie qu’a été l’URSS, la seule à écrire la petite histoire d’une grande utopie. Mais elle est avant tout un écrivain, un grand écrivain. Pour ce magnifique requiem, elle invente une forme littéraire polyphonique singulière, qui fait résonner les voix de centaines de témoins brisés.

    On ressent, dans La Fin de l’homme rouge de Svetlana Alexievitch, l’impression d’avoir devant soi le PASSÉ, là où s’est déroulée “une expérience de laboratoire unique par son ampleur et sa durée.” Et pour écrire la petite histoire d’une grande utopie il faut, peut-être, dix histoires et beaucoup d’autres où il est question de la beauté des dictatures et du mystère des papillons pris dans le ciment.

    Sa méthode : aller au devant des gens, les laisse raconter, se raconter mais pour préciser aussitôt : “Je me sers du journalisme pour me procurer les matériaux, mais j’en fais de la littérature… je guette toujours dans toutes les conversations, publiques ou privées, ce moment où la vie, la vie toute simple, se transforme en littérature.”

    On trouvera dans La Fin de l’homme rouge de magnifiques histoires d’amour, de belles personnes, des gens bien, d’autres moins bien, le déchirement des mères et le désespoir des enfants déportés, les staliniens fidèles malgré le goulag, des soviétiques ahurris devant le capitalisme triomphant… et toujours cette même interrogation : pourquoi ce peuple a-t-il connu un tel malheur ? Le “malheur russe” ? Impossible de se départir de cette impression que ce pays a été l’enfer d’une autre planète…

     

     

    Citations de presse


    Geneviève Brisac

    « On a beau croire qu'on sait tout cela déjà, lire Svetlana Alexievitch, cette femme-voix, nous rappelle à notre commune humanité écrabouillée. Parce qu'elle raconte la pluie glacée, le thé brûlant, les portes d'immeuble désertées, un souvenir de confiture, les miettes de souvenir. Parce qu'elle montre l'argent qui remplace tout : qui ça intéresse que tu récites les poèmes de Mandelstam par cœur ? On n'en sait pas assez, dit-elle, sur l'amour, la peur et son abject dérivé, la honte. La honte, la honte et l'impuissance, plus fortes que tout.  »


    Olivier Rollin

    « L’œuvre de Svetlana Alexievitch, c'est une littérature qui vient d'en bas, qui se compose et s’élève à partir des voix brisées, des voix sans voix. C’est une âpre symphonie de voix souffrantes. Il n’est pas indifférent, dans une époque volontiers cynique et futile, qu'une grande œuvre naisse de l’écoute, extraordinairement attentive et scrupuleuse, de la souffrance humaine. Il n'est pas indifférent que soit honorée la passion de la vérité, recherchée au prix de tous les risques, dite dans un style sans fioritures. Il y a là une tradition qui remonte à Chalamov et, au-delà, aux Souvenirs de la maison des morts, de Dostoïevski. On peut dire je crois que si Soljénitsyne fut l’écrivain du malheur soviétique, Svetlana Alexievitch l’est du malheur post-soviétique.  »


    Marie-Laure Delorme,  Le Journal du Dimanche

    « Son courage de combattante ne doit pas faire oublier son immense talent d'écrivain. Sa passion du réel, son travail de montage, son intelligence poétique, son rejet du manichéisme : œuvre d'une beauté universelle.  »


    Veronika Dohman,  Libération

    « Le courage recompensé par l’Académie suédoise c'est celui de ne pas se dissocier de ses personnages qui sont avant tout des personnes pour lesquelles l'écrivaine éprouve une compassion palpable et dépourvue de tout jugement de valeur.  »


    Bruno Corty, Le Figaro

    « Svetlana Alexievitch a écrit une poignée de livres en trente ans, mais sa prose, qui ne relève ni de la fiction, ni du journalisme, ni du travail d'historien mais des trois mélangés, est de la dynamite. Son arme, c'est son oreille.  »


    Sabine Audrerie,  La Croix

    « Ces livres, construits comme des mosaïques, empruntent au journalisme (pour l'écoute) et au récit littéraire (pour la restitution), sa parole modelant les voix, peu à peu reconnaissables au fil des pages, sans travestir leurs propos.  »


    Julie Clarini et Benoît Vitkine, Le Monde

    « Ni de fiction ni d'investigation, ses livres construisent un monument au réel, un hommage au grand texte collectif que l'on nomme l'Histoire et dont chacun porte en soi une parcelle.  »


     

     

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