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    Ahmet Altan

    [Décembre 2019] Ahmet Altan est lauréat du Prix André Malraux 2019 pour Je ne reverrai plus le monde| Discours de réception du prix, lu par Timour Muhidine le 3 décembre.

    Vivre ne suffit pas pour connaître les hommes et les groupes sociaux auxquels ils appartiennent : ils se cachent, ils se dérobent. Leurs caractéristiques essentielles, celles qui fondent leur existence, nous demeurent invisibles, dissimulées dans une part d’ombre secrète.
    La vie, en ce sens, est mensongère, porteuse d’une fausseté qui nous empêchera toujours de saisir la réalité dans son ensemble.
    Même l’être qui nous est le plus cher, nous ne connaîtrons jamais toutes ses pensées, ses désirs, ses rêves, ses souvenirs engloutis. Quant à la société dans laquelle nous vivons, ses abysses et ses sommets nous demeurent inaccessibles.

    Tout ceci, c’est la littérature qui nous l’enseigne.
    La littérature est plus réelle que la vie. Car elle a le pouvoir de révéler les mystères que la vie garde jalousement pour elle.
    La littérature française est infiniment riche de ces grands écrivains qui ont levé pour nous le voile sur les mystères de l’homme et de la société. Et André Malraux est l’un des les plus brillants maillons de cette splendide chaîne des écrivains français.

    Lorsqu’un jour, dans votre cellule de prison, vous apprenez que vous avez gagné un prix portant le nom d’André Malraux, votre premier réflexe est de tendre la main vers la bibliothèque pour reprendre l’un de ses livres ; seulement il n’y a pas de bibliothèque.
    Mais au fond, peu importe ; car Malraux est un écrivain si fort, si puissant, que même des années après avoir lus ses livres, vous vous en souvenez encore de passages entiers.
    Oui, j’ai encore en tête ces scènes et ces dialogues qui mettaient à nu, de façon frappante, la cruelle contradiction, d’ordinaire larvée et passée sous silence, de ces conflits qui agitent l’homme, sans cesse pris entre la sauvagerie de ses sentiments innés et la civilisation des idées qu’on lui enseigne.
    Et j’ai encore en mémoire ces scènes où il dépeint tout à la fois l’espoir, la décadence et le chaos qui envahissent la société.

    À la différence de beaucoup d’autres écrivains, Malraux a senti le besoin de s’engager physiquement dans le combat contre le mal causé par la perversion des sociétés ; il a risqué sa vie, de nombreuses fois, pour les autres. Son courage et son sens du sacrifice méritent une admiration unanime, de même que son œuvre littéraire nous est une source d’émerveillement inépuisable.

    Comme beaucoup de lecteurs, moi aussi, dans ma jeunesse, j’ai été profondément marqué par Malraux.
    Recevoir aujourd’hui un prix portant le nom d’un écrivain que j’admirais étant jeune, voilà qui me redonne le sourire, un sourire joyeux, tourné vers les rêves de cet âge-là.

    Mon père – chaque fois que lui-même ou quelqu’un d’autre de la famille publiait un livre, ou bien qu’il y avait un heureux événement à célébrer, tel ce prix aujourd’hui, mon père disait : « C’est le moment de sortir le champagne ! », et il en ouvrait une bouteille.

    Mon père est mort. Moi, je suis en prison.

    Mais ce soir, je boirai du champagne à Paris avec mon père. Malraux aussi sera là. Il aura l’âge qu’il avait lors de son voyage en Chine, et mon père celui qu’il avait en partant pour l’Afghanistan ; et moi, j’aurai l’âge que j’ai aujourd’hui. Et j’écouterai converser ces deux jeunes hommes.

    Et personne ne nous verra.

    Je vous suis infiniment reconnaissant de m’accorder à la fois le plaisir d’une joie bien réelle, et celui de faire revivre un si beau rêve.

    Votre générosité me comble de bonheur.

    Merci à tous, du fond du cœur." Ahmet Altan
    Timour Muhidine

     

     

    [Novembre 2019] Ahmet Altan de nouveau en prison

    Une semaine après sa libération de prison, l’écrivain et romancier turc Ahmet Altan a été de nouveau arrêté hier, mardi 12 novembre, sur une décision de justice.

    Un mandat d’arrêt a été émis contre lui après un appel du procureur général contre la décision de relâcher le journaliste, indique l’agence de presse Anadolu. Ce dernier est soupçonné d’être en lien avec le mouvement d’un prédicateur islamique, Fethullah Gülen, qu’Ankara accuse d’avoir ourdi la tentative de coup d’État de juillet 2016 - ce que M. Gülen nie.

    Ahmet Altan, 69 ans, avait été libéré le 4 novembre après trois ans de détention. Il avait été condamné à 10 ans et demi et près de neuf ans de prison pour « aide à un groupe terroriste », mais la justice avait ordonné sa remise en liberté sous contrôle judiciaire en raison du temps déjà passé derrière les barreaux. Il lui avait également été interdit de quitter le pays.

    Amnesty International a dénoncé une arrestation « scandaleuse ». « Il est impossible de ne pas voir dans cette décision autre chose qu'une punition » contre un homme « déterminé à ne pas être baillonné », a déclaré la directrice pour l'Europe d'Amnesty, Marie Struthers, dénonçant « une injustice supplémentaire » contre le journaliste.

     

     

    [Novembre 2019] Libéré !

    Lundi 4 novembre, à l'issue d'un nouveau procès, la 26e Haute Cour Pénale d'Istanbul a ordonné la remise en liberté du journaliste et écrivain Ahmet Altan, après l'annulation d'une première condamnation à la prison à vie.

    La Haute Cour Pénale d'Istanbul l'a condamné à dix ans et demi de prison mais a demandé sa libération sous contrôle judiciaire en raison des trois années déjà passées derrière les barreaux.

    La Haute Cour Pénale d'Istanbul a également acquitté le journaliste Mehmet Altan, le frère d'Ahmet Altan.

     

    "Ils essaient de faire en sorte que les intellectuels évitent de poser des questions. Nous allons les interroger. Nous avons vu ce qu'est la prison. Si nécessaire, nous y retournerons. Ils doivent revenir à l'Etat de droit. Nous n'avons pas peur." Ahmet Altan, après 1138 jours derrière les barreaux

     

     

     

    [Septembre 2019] Parution des textes de prison

     

    JE NE REVERRAI PLUS LE MONDE. Ces dix-neuf textes sont écrits en prison. Poignants, remarquablement maîtrisés, ces allers-retours entre réflexions, méditations et sensations expriment le quotidien du prisonnier mais ils disent aussi combien l’écriture est pour lui salvatrice. Tel un credo il s’en remet à son imagination, à la force des mots qui seule lui permet de survivre et de franchir les murs.

    Un livre de résilience exemplaire.

     

    "Je peux écrire n’importe où, le bruit et l’agitation ne m’ont jamais dérangé. D’ailleurs, une fois que je suis plongé dans l’écriture, tout ce qui m’entoure disparaît. Je romps le contact avec le monde extérieur et m’enferme dans une pièce invisible où personne ne peut entrer que moi.
    J’oublie absolument tout en dehors du sujet qui m’occupe.
    L’une des plus grandes libertés qui puissent être accordées à l’homme : oublier. Prison, cellule, murs, portes, verrous, questions, hommes – tout et tous s’effacent au seuil de cette frontière qu’il leur est strictement défendu de franchir." Ahmet Altan

     

     

     

    [Juillet 2019] La Cour Suprême turque casse sa condamnation à perpétuité

     

     

    Vendredi 5 juillet 2019, la Cour Suprême de Turquie a rendu un nouveau verdict et a annulé en appel les jugements des tribunaux inférieurs. La Cour Suprême a acquitté Mehmet Altan, le frère d'Ahmet, accusé aussi d'avoir participé au putsch, en estimant qu'il n'existait pas de preuves de sa culpabilité.

    Elle a cassé les condamnations à perpétuité d'Ahmet Altan, Mehmet Altan et de Nazli Ilicak. Elle a conclu qu'Ahmet Altan et Nazli Ilicak n'avaient pas commis l'infraction de "violation de la Constitution", et n'a retenu contre eux que celle d'"aide à un groupe terroriste sans être membre".

    Pour autant, la Cour a rejeté les demandes de remise en liberté d'Ahamet Altan et de Nazli Ilicak.

    L'affaire est renvoyée devant la 26e Haute Cour Pénale d'Istanbul.

     

     

    [Juin 2019] 1000e jour de prison

     

     

     

    [Septembre 2018] Hommage à Ahmet Altan : rencontre avec Asli Erdogan

    "À vous tous qui êtes rassemblés ici ce soir. Je vous remercie infiniment pour votre amitié.

    Je ne sais pas si vous êtes conscients de la force extraordinaire que vous possédez, ainsi réunis, tous ensemble. Une force qui donne à l'homme que je suis, assis dans sa cellule de prison, à des milliers de kilomètres de chacun de vous, une confiance immense, une détermination totale. Celle de résister. Celle de croire à l'espoir. Votre amitié est mon bouclier. Aucune tyrannie ne saura le perforer. Votre amitié me protège.

    Soyez certain que je connais la valeur d'un tel cadeau.

    Paris me manque. Ses lumières, ses rues, ses sons, ses couleurs. Je ne suis pas certain de revoir Paris.

    Alors, si ce soir, en sortant, vous passez près d'un bistro, buvez un verre, pour moi aussi.

    Je vous embrasse avec tendresse." Ahmet Altan

    La Gazette des Nouveaux Dissidents #25

     

    L’association Les Nouveaux Dissidents organisait le 17 septembre 2019, en hommage à Ahmet Altan, une rencontre exceptionnelle avec Asli Erdogan (écrivaine et journaliste), Aysegul Sert (journaliste, reporter au New York Times), Timour Muhidine (directeur de la collection « Lettres turques » chez Actes Sud).

     

     

    [Février 2018] Le romancier et journaliste turc,  Ahmet Altan, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité

    Accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016 alors qu’il ne fait que dénoncer, depuis plusieurs décennies, toutes les atteintes du pouvoir à la démocratie, Ahmet Altan était incarcéré depuis septembre 2016 à la prison de Silivri (à 70 kms d’Istanbul). Vendredi 16 février 2018, il a été reconnu coupable ainsi que cinq autres personnes dont son frère, le journaliste Mehmet Altan, d’avoir tenté de « renverser l’ordre prévu par la Constitution de la République de Turquie ou de le remplacer par un autre ordre ou d’avoir entravé son fonctionnement pratique au moyen de la force et de la violence ».

    Il a été condamné à la réclusion à perpétuité le vendredi 16 février 2018, par le 26e tribunal pénal d’Istanbul.

     

     

     

    "Après le coup d’état manqué de juillet 2016, nous sommes les deux premiers écrivains à avoir été arrêtés sur des chefs d’accusation kafkaïens. La prison à vie a été requise contre nous et nous avons cru d’abord que c’était une blague. Nous avons cru qu’ils nous libéreraient après avoir eu la satisfaction de nous avoir maltraités. Ils m’ont relâchée, mais lui, ils l’ont condamné à perpétuité. Sans preuve, sans faits avérés, c’est purement atroce !

    J’appelle tous les écrivains, les éditeurs, les journalistes à être solidaires d’Ahmet Altan et de tous les écrivains, journalistes, jetés en prison ou persécutés." Aslı Erdoǧan, écrivaine et journaliste turque, arrêtée et emprisonnée pendant cinq mois en 2016.

     

     

    Ahmet Altan, né en 1950, est un des journalistes les plus renommés de Turquie, son œuvre de romancier a par ailleurs connu un grand succès, traduite en de nombreuses langues (anglais, allemand, italien, grec…). Deux de ses romans sont parus en français, chez Actes Sud : Comme une blessure de sabre (2000) et L’Amour au temps des révoltes (2008).


    Son père, le journaliste Çetin Altan, fait partie des 17 députés socialistes qui entrent au Parlement turc en 1967. Pour ses articles, il sera condamné à près de 2 000 ans de prison. En 1974, dans le contexte de « L’Opération de maintien de la paix » (invasion de la partie nord de Chypre par les forces militaires turques), Ahmet Altan s’engage dans le journalisme : très vite, il commence à être connu pour ses articles en faveur de la démocratie. Il publie en 1982 son premier roman (vendu à 20 000 exemplaires) puis devient, en 1985, le rédacteur en chef du journal Günes. Il publie son deuxième roman qui est condamné pour atteinte aux bonnes mœurs et fait l’objet d’un autodafé.

    1990 : Devenu journaliste à la télévision, il condamne la guerre et les deux camps, en dénonçant les crimes du PKKGünes et de l’armée turque.

    1995 : Il devient rédacteur en chef du journal Milliyet (l’un des plus importants du pays). Sous la pression de l’état-major, le journal le licencie. À la suite d’un article satirique, il est condamné à 20 mois de prison avec sursis. Il est accusé de soutenir la création d’un Kurdistan indépendant.

    1996 : Son quatrième roman est un vrai phénomène de librairie, il y aborde les assassinats sans suite judiciaire.

    1999 : Avec Orhan Pamuk et Yachar Kemal, il rédige une déclaration pour les droits de l’homme (et des droits culturels des Kurdes) et de la démocratie en Turquie, elle sera signée par Elie Wiesel, Günter Grass, Umberto Eco...

    2007 : Il crée le journal d’opposition Taraf, dont il est rédacteur en chef jusqu’à sa démission en 2012.

    2008 : Il publie un article, « Oh, Mon Frère » dédié aux victimes du Génocide arménien et se voit inculpé d’insulte à la Nation turque.

    2011 : Il reçoit le prix Hrant Dink de la Paix (Hrant Dink est un journaliste arménien assassiné en 2007).

    2016 : Il est arrêté en septembre, accusé d'avoir participé au putsch manqué du 15 juillet.

    2018 : Il est condamné à la perpétuité aggravée le 16 février par le 26e tribunal pénal d'Istanbul.

    2019 : Sa condamnation est confirmée en appel par la Cour Constitutionnelle le 3 mai. Le 5 juillet, la Cour Suprême casse sa condamnation à perpétuité mais rejette sa demande de remise en liberté.

     

    Esprit critique et très en prise avec la société turque, il a été arrêté le 10 septembre 2016 ainsi que son frère Mehmet Altan, également journaliste, accusés d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016. Douze jours plus tard, il est mis en liberté provisoire, mais vingt-quatre heures plus tard, il est de nouveau incarcéré, inculpé « d’appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement de la République de Turquie ».



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