Nouveautés « un endroit où aller » | Actes Sud

    Nouveautés « un endroit où aller »

    La collection « un endroit où aller » propose à des lecteurs qui ne se ressemblent pas des textes n’ayant d’autres points communs que la nécessité dans laquelle ils ont été écrits et le plaisir avec lequel ils ont été choisis. Chacun d’eux se propose donc comme un endroit où aller quand vient, avec l’envie de lire, le désir d’un rendez-vous qui restera présent dans la mémoire.»

    Hubert Nyssen

    La collection « un endroit où aller » créée en 1995 par Hubert Nyssen, offre un lien de rassemblement à des textes de genres divers, souvent inclassables, avec le souci de donner une autorité commune à leurs singularités multiples. Elle est aujourd’hui dirigée par Bertrand Py et Evelyne Wenzinger.

     

    Almería

     

     Rodrigo avait claqué la porte de toutes ses forces derrière lui. Pendant quelques secondes, la maison s'était tordue comme une poignée d'algues dans le courant, des millions de vibrations escaladant la hauteur de sa structure, jusqu'au toit où, le soir, l'on entendait le crépitement de ses poutres en feu. »

     

    Almería
    Olivier Dubouclez || Almería

     

    Ne dit-on pas que le Sud de l’Espagne porte un coeur battant incrusté dans sa terre ? Je le sens là, au-dessous de moi, qui se contracte et, dans un spasme, expulse tout le contenu de ses réserves de sang jusqu’aux confins du territoire – en direction de Gijón et Vigo, à l’ouest aussi, vers Badajoz ou, plus au sud, jusqu’aux marais salants d’Isla Cristina. Il faut voir comment le sang circule, fend la plaine, dévore la Mancha, éparpille les barrières du littoral qui avaient cru pouvoir en contenir l’effusion. Il faut voir comment la digue se rompt lorsque le coeur s’abandonne et que les mots, flottant au gré du vent, inondent cette région plus sèche qu’une mue de vipère.

    O. D.

     

    Dans les années quatre-vingt-dix, un jeune garçon des faubourgs d’Almería entame la périlleuse période de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Confronté au deuil et au drame d’une fraternité impossible, il entre dans un univers fantastique, fait d’onirisme et de créatures inquiétantes, qui est aussi un chemin vers la littérature.

     

    Né à Besançon en 1978, Olivier Dubouclez enseigne la philosophie à l'université de Liège. Il a publié diverses études sur la philosophie moderne et le théâtre de Valère Novarina.

     

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    L'ordre du jour

     

     Le soleil est un astre froid. Son cœur, des épines de glaces. Sa lumière, sans pardon. En février les arbres sont morts, la rivière pétrifiée comme si la source ne vomissait plus d'eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage. »

     

    L'ordre du jour
    Eric Vuillard || L'ordre du jour

     

    Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants.

    É. V.

     

    L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.

     

     

    Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web - mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d'Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre et le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet.

     

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    Le Livre des livres perdus

     

     Et à la fin du voyage, j'ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres livres n'ont pas : ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer. »

     

    Le Livre des livres perdus
    Giorgio Van Straten || Le Livre des livres perdus

     

    Un tour du monde en huit volumes, et non en quatre-vingt jours. (…) Et à la fin du voyage, j’ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres livres n’ont pas : ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer. Et si, d’un côté, ils continuent de nous échapper, de s’éloigner malgré nos tentatives pour nous en emparer, d’un autre côté, ils reprennent vie à l’intérieur de nous et, à la fin, comme le temps proustien, nous pouvons dire que nous les avons retrouvés.

    G. V. S.

     

     

    Huit histoires vraies de “livres perdus” – égarés dans des circonstances parfois dramatiques, ou détruits pour des raisons qui vont de la censure à l’insatisfaction maniaque de leur auteur – que Giorgio Van Straten, tel un détective amoureux, tente de ressusciter à partir des traces qu’ils ont laissées.

     

     

    Né à Florence en 1955, Giorgio van Straten est écrivain et traducteur de l'anglais. Il fait partie de la direction de la revue Nuovi Argomenti. Son premier roman, Generazione, a obtenu le prix Viareggio 2000. Il est également l'auteur de nombreux textes en lien avec la musique. Depuis 2015, il dirige l'Institut de culture italienne de New York.

     

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    Les fous dans la mansarde

     

     Dans le grand toboggan ils s'évitent puis se rapprochent jusqu'à se frôler et maintenant, contre toute attente, ils dansent et rien ne leur paraît plus naturel, ils dansent, partagent lumière, vitesse, souplesse, gaieté. Ils dansent sur le siècle qui dévora des vies plus vite qu'il n'en accoucha. »

     

    Les fous dans la mansarde
    Gisèle Bienne || Les fous dans la mansarde

     

    “Trouve l’histoire”, lui intimait Ludovic. L’Histoire, personne ne l’avait prévue. Ordonner le désordre après coup serait fausser les choses. Elle aussi détient quelques reliques, un quart de soldat, une gamelle, une lampe à huile, des grenades, une gourde… Rien de plus concret qu’un quart de soldat et une gamelle, pourtant chaque fois qu’elle les regarde, elle est surprise. Une artiste lui a laissé une de ses compositions : des balles de mitrailleuse en cuivre dans un plâtre blanc crayeux semblent monter dans l’air comme des fusées, balles ramassées sur des chemins, après ces gros orages qui ravinent le sol.

    G. B.

     

     

    En toile de fond s’esquisse l’histoire familiale, l’ombre pernicieuse des nondits, tous ces drames dissimulés au nom des convenances, l’inquiétude de l’auteur devant la condition imposée à l’écrivain par la société d’aujourd’hui, mais plus encore son désir bouleversant de mettre de côté le lourd héritage que la guerre lui a légué, afin de parvenir à mener une vie enfin apaisée.

     

     

    Gisèle Bienne vit et travaille à Reims. Romancière et essayiste, elle a publié de nombreux livres, notamment Bleu je veux (Seuil, 1983), Paysages de l’insomnie (Climats, 2004), et La ferme de Navarin (Gallimard, 2008), consacré à Cendrars. Chez Actes Sud, elle est l’auteur de Rémuzor (2001), Katherine Mansfield dans la lumière du Sud (2010), L’étrange solitude de Manfred Richter (2013), et La brûlure suivi de Marie-Salope (2015).

     

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    Le feu est la flamme du feu

     

     Si toutes les avant-gardes et les autres mouvements révolutionnaires n'avaient pas fini par autant m'ennuyer, je crois que j'aurais pu vouloir rédiger un genre de manifeste ; mieux que d'intention, une déclaration de guerre à l'intention des générations futures. »

     

    Le feu est la flamme du feu
    Jérôme Orsoni || Le feu est la flamme du feu

     

    Hier, j’ai découvert qu’un couple vivait dans une anfractuosité du parquet du salon. J’étais en train de vider mon sac de voyage lorsque je les ai remarqués. Ils avaient dû s’installer là depuis quelques jours, peutêtre, quelques semaines, tout au plus, cependant que nous étions en vacances, mon épouse, mes enfants et moi. Moi, j’avais décidé de rentrer plus tôt parce que je voulais profiter du calme de notre grand appartement parisien pour avancer sur un projet dont j’avais eu l’idée pendant notre séjour au bord de la mer – le repos m’a toujours fait le plus grand bien ; c’est ainsi, reposé et bronzé, qu’il me semble que j’ai les meilleures idées. Pendant que je vidais mon sac de voyage, donc, j’ai entendu un craquement accompagné de bruits de voix étouffées qui ont fini par m’intriguer. Je me suis dirigé vers le salon, d’où il me semblait que les bruits provenaient, et c’est là que je les ai vus. Sur le coup, j’ai eu peur de les déranger.

    J. O.

     

     

    Parcouru par les mêmes idées et les mêmes ambitions que Des monstres littéraires et Pedro Mayr, Le feu est la flamme du feu semble clore un cycle dédié à l’invention littéraire et ses procédés. Une façon de “prendre la fiction au sérieux”. Une fiction qui ne se prive d’aucune ressource, quitte à exploiter le réel lui-même comme une source possible pour raconter des histoires.

     

     

    Né en 1977, Jérôme Orsoni vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de deux essais consacrés à la musique, dont Au début et autour, Steve Reich, et d’un récit autobiographique : Voyage sur un fantôme. Rome, le scooter, et ma mère (tous deux aux éditions Chemin de ronde, 2011 et 2015). Chez Actes Sud, ont déjà paru Des monstres littéraires (“un endroit où aller”, 2015, Prix SGDL du premier recueil de nouvelles) et Pedro Mayr (“un endroit où aller”, 2016).

     

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    Association du méjan

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