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Né en 1975 à Munich, Daniel
Kehlmann vit à Vienne (Autriche). Après
avoir passé son adolescence à lire
Nabokov et Borges, il publie son premier
roman à vingt-deux ans. Depuis, il a étudié la
philosophie, la littérature
et écrit sept livres, dont le roman Moi
et Kaminski (Actes Sud, 2004).
Lauréat d’une dizaine de récompenses
littéraires, dont le prix Candide
(2005), il a reçu, en 2006, le prestigieux
prix Kleist. ____________________________________________________________ porte son nom, calcule l’orbite de la planète Cérès avec une exactitude effrayante, et il déteste voyager. Un jour, cependant, Humboldt réussit à faire venir Gauss à Berlin. Que se passe-t-il lorsque les orbites de deux grands esprits se rejoignent ? Deux fous de science – leur vie et leurs délires, leur génie et leurs faiblesses, leur exercice d’équilibre entre solitude et amour, ridicule et grandeur, échec et réussite – rendus tangibles grâce à l’humour et l’intelligence d’un jeune prodige de la littérature allemande. Ecouter un extrait lu par Marc Brunet Le presse en en parle Tout cela brille d’intelligence, est traversé aussi par un pétillant esprit de dérision. Ce roman à succès, je l’ai adoré, rien des conventions du best-seller : drôle, insolite, inquiétant, décalé plutôt, débordant d’imagination et pourtant fondé à 90% (!) sur des faits réels. Un roman érudit et souriant. Une savante construction pleine d’humour et de philosophie sur la solitude des grands génies, confrontés à un monde en retard sur eux, à une vie si petite à vivre en dehors des territoires sans limites de leurs esprits. Les Arpenteurs du monde offre un dépaysement haut en couleurs, une rencontre heureuse entre littérature et science. Daniel Kehlmann a su éviter tous les pièges du roman historique. L’Allemagne qui depuis Hoffmann ne nous avait pas donné un écrivain d’autant d’esprit que l’auteur des Arpenteurs du monde ! Leurs découvertes et leurs noms sont certes restés dans l’histoire, mais le doute qui semble habiter [les deux héros] dans les dernières pages a quelque chose d’assez poignant, qui invite avec malice à relativiser la portée de toute ambition humaine. Un immense plaisir de lecture, qu’on se réjouit de voir si largement partagé… Hubert Spiegel, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 22 oct. 2005. Les Arpenteurs du monde, l’un des sommets de cette rentrée, ne sont pas seulement un beau livre qui s’empare de vous et vous tient en haleine, c’est aussi un grand livre. Martin Lüdke, Frankfurter Rundschau, 28 sept. 2005. Au lieu d’une fresque historique en cinémascope telle qu’on aurait pu s’y attendre, il a préféré écrire un roman ambitieux et contemporain qui spécule sur les possibles. Tilman Krause, Die Welt, 15 oct. 2005. Implicitement, ce livre pose avec élégance des questions philosophiques centrales comme celles de la nature du temps et de l’espace. Mais c’est aussi un livre sur la vieillesse et sa signification à l’époque moderne. […] Les Arpenteurs du monde sont un livre fascinant […] qui se lit d’une seule traite. Luigi Reitani, Messagero Veneto, 30 mai 2006. Ce qui convainc encore plus, c’est l’intelligence musicale de la construction qui inscrit ce roman dans la meilleure tradition narrative allemande, tout particulièrement par le croisement des deux parcours qui se rejoignent finalement en une seule tonalité, comme dans la reprise d’un tempo de sonate, et révèlent peut-être leur énigmatique convergence à l’image de ces lignes parallèles que Gauss voit se croiser alors qu’il observe le monde d’une montgolfière. Paolo Capriolo, Corriere della Sera, 19 juin 2006. […] un ton aventureux et ironique, des références à la science, au climat politique, aux absurdités de la bureaucratie, et par-dessus tout les portraits irrésistibles de deux scientifiques devenus fous par excès de raison, intolérants et indifférents à tout ce qui intéresse le commun des mortels. Il Foglio, 19 sept. 2006. Que ceux qui ont de la science et de son histoire une image austère et lourde lisent le roman de Daniel Kehlmann, Les Arpenteurs du monde ! Umberto Bottazzini, Il Sole 24 Ore, 14 juin 2006. - L'Humanité - Courrier International - ARTE - L'Express - Les Echos - TV5 Monde - Le Temps Entretien avec Daniel Kehlmann Les Arpenteurs du monde peuvent aussi être lus comme un hymne à l’art du roman. On sent que la lecture et l’écriture vous procurent du plaisir. Quel genre de littérature aimez-vous ? Pour ce qui est de l’humour du livre, Voltaire a été décisif. Sa gaieté désespérée, ce mélange de comique et de dureté m’ont toujours fortement marqué, j’avais déjà eu cette approche pour modèle dans Moi et Kaminski, et je l’ai encore accentuée avec ce roman-ci. En outre, en écrivant Les Arpenteurs du monde, les auteurs sud-américains comptaient beaucoup pour moi. Ce n’est pas un hasard si les équipiers de Humboldt sur l’Orénoque portent les prénoms de quatre grands romanciers sud-américains. Les Arpenteurs du monde traitent avant tout de la passion. Vos héros sont épris de connaissance, la science leur donne des ailes, tout en les rendant aussi un peu aveugles, comme lorsqu’on est amoureux. Partagez-vous cette vision de la chose ? Comme lorsqu’on est amoureux, c’est absolument ça. Même si j’emploie des effets comiques, je ne veux en aucun cas me moquer de mes deux personnages. Les Arpenteurs du monde sont un roman sur la soif de connaissance, sur l’aventure qui consiste à vouloir comprendre le monde à tout prix. Ce n’est pas une entreprise froide et sèche, au contraire, il s’agit bien d’une aventure passionnée. Bien sûr, elle exige des sacrifices, et ça aussi j’essaie de l’explorer dans mon roman. Comment définiriez-vous votre rapport à la science ? Ambivalent. Je crois qu’il est impossible d’avoir un rapport à la science qui ne soit pas ambivalent : d’un côté, elle a tellement simplifié notre vie, elle l’a allégée, améliorée et on ne peut donc guère la renier ; mais, d’un autre côté, il est évident qu’elle a introduit de nombreux dangers dans notre monde. En outre, l’existence a aussi perdu en poésie et en beauté. Pourtant j’admire les scientifiques. Et puis il y a quelque chose de comique et de stupide à vouloir mettre de l’ordre dans le chaos de l’univers. Mais c’est une entreprise audacieuse qui a une réelle grandeur. Chez Humboldt, le rapport à l’autre sexe (et au corps en général) ne reflète-t-il pas son rapport à la nature ? Les témoignages espagnols font de Humboldt un homme très viril, un séducteur, les Anglais font de lui un homosexuel, quant aux Allemands, ils voient en lui un intellectuel asexué. Ceci en dit bien sûr plus sur ces pays que sur Humboldt lui-même. Dans mon roman, Humboldt est un homosexuel qui refoule ses penchants, il ressent des choses en lui, mais ces choses lui font peur et il fait tout pour les ignorer. Les sources autorisent une telle lecture, même si tout a bien pu se passer autrement. Mais dans un roman, la version la plus à même d’être développée est celle qui rend le personnage encore plus complexe et torturé. C’est pour ainsi dire la tâche du romancier que de mener la vie dure à ses personnages. Comment cela se présente-t-il chez Gauss ? Contrairement au cliché répandu sur les mathématiciens, pour Gauss, la sensualité et le monde des chiffres ne s’opposent pas. Pour lui, les valeurs mathématiques sont des êtres sensuels et palpables qui existent réellement. Tout comme les femmes qui sont si importantes dans sa vie. Mais là aussi, j’ai peut-être un peu exagéré par rapport au personnage historique. Mais finalement pas tant que cela. Vous jouez et vous faites rire avec les préjugés que l’on rencontre somme toute un peu partout envers les Allemands. Et en même temps, vous faites avec Humboldt le portrait d’un grand humaniste allemand. Ce qu’il y a d’étrange avec les préjugés, c’est qu’ils sont, si souvent, justifiés. Les Allemands se comportent, surtout à l’étranger, fréquemment comme on s’imagine que des Allemands pourraient se comporter à l’étranger. Ils sont toujours un peu raides, compliquent les choses plus qu’il ne faut, jamais, oui, jamais, ils ne sont vraiment détendus (moi compris). En même temps, ils ont souvent – c’était du moins le cas à l’époque classique de Weimar – cet idéalisme un peu enfantin, cette foi en la bonté et la raison qui, dans de nombreuses situations, conduit à des quiproquos assez drôles. Mais bien sûr, Humboldt était un humaniste, le plus grand partisan de l’abolition de l’esclavage de son temps. Il était l’envoyé du classicisme de Weimar en Amérique du Sud, une sorte d’ambassadeur de Weimar à Macondo. Propos recueillis par Martina Wachendorff. Traduction : Philippe Abry. |