Imre KERTÉSZ - L'Holocauste comme culture

L'Holocauste comme culture Imre Kertész, traducteur de Nietzsche et de Wittgenstein, nous parle ici avec la radicalité et la logique infaillible qui font de ses romans une œuvre exceptionnelle. Pour lui, “Auschwitz ne s'est pas produit hors du temps et de l'espace, mais dans la culture occidentale”, et comme il est dit dans le communiqué de presse de l'Académie suédoise au moment de l'attribution du prix Nobel, “c'est la dernière vérité sur la dégradation de l'homme dans une existence moderne”. Un “degré zéro de l'éthique” qui, s'il n'est pas sublimé par le refoulement ou une pseudo “réparation”, pourrait constituer une culture.

Rassemblés ici pour la première fois dans leur intégralité, ces essais, considérations et discours sur la relation à l'holocauste, le XXe siècle totalitaire, la question de la survie et de l'exil, les manifestations du changement suite à la chute du Mur de Berlin, et sur une Europe à rénover profondément, forment la somme d'une réflexion rigoureuse, qui - comme l'exprime l'Académie suédoise – “libère le lecteur du fardeau des sentiments obligés et incite à une liberté de pensée singulière.”

« Auschwitz ne s'explique pas par la notion vulgaire, archaïque, j'allais dire classique, de l'antisémitisme - voilà ce que nous devons comprendre précisément. Il n'y a là aucun lien organique. Notre époque n'est pas celle de l'antisémitisme, mais celle d'Auschwitz. Et l'antisémite de notre époque ne se défie pas des juifs, il veut Auschwitz. Au procès de Jérusalem, Eichmann affirmait n'avoir jamais été antisémite et bien que la salle ait alors éclaté de rire, je ne trouve pas impossible qu'il ait dit la vérité. En définitive, pour assassiner des millions de juifs, l'État totalitaire a davantage besoin de bons organisateurs que d'antisémites. Nous devons nous dire clairement qu'aucun totalitarisme de parti ou d'État n'est possible sans discrimination, or la forme totalitaire de la discrimination est nécessairement le massacre, la tuerie de masse. »
Imre Kertész.



À écouter : rencontre avec Imre Kertész et Boris Pahor

Le samedi 17 janvier 2009 à l'Odéon-Théâtre de l'Europe,
Imre Kertész dialogue avec Boris Pahor.

Cette rencontre a été organisée dans le cadre de la Saison culturelle européenne, en partenariat avec Culturesfrance, la Maison des écrivains et de la littérature, l’Institut Hongrois de Paris et Mediapart.

Écoutez l'intégralité de la rencontre, animée par Sylvain Bourmeau




À lire : deux extraits de L'Holocauste comme culture

Préface de PÉTER NÁDAS - Le travail et la thématique de Kertész

La thématique de Kertész a presque toujours occulté son travail littéraire, et il faudra attendre longtemps pour qu’il n’en soit plus ainsi.
L’expérience brutale de la privation totale de droits, du pillage et de la destruction des juifs d’Europe ne fait pas partie des histoires ou des thèmes qu’on peut régler mardi et classer mercredi. Elle est toujours d’actualité. » lire la suite


La pérénnité des camps, Conférence donnée au Thália Studió en 1990 [extrait - p.41]

Un jour, on m’a demandé mon avis sur les analogies et les différences entre les camps de concentration nazis et bolcheviques, bref, sur la problématique de la honte ou, pour reprendre le terme de saint Paul, le “scandale” du XXe siècle ; j’ai répondu à brûle-pourpoint qu’à mon sens, cette question relevait de la mythologie. Et, bien que beaucoup de temps ait passé depuis, je n’ai pas changé d’opinion.
Je sais bien que cette question est inépuisable, alors que le temps et la patience de chacun d’entre nous ont leurs limites : je vais donc tâcher d’être bref, ce qui me contraint à la concision. Mais avant tout : sur quelle base doit se faire cette comparaison ? » lire la suite



Biographie

bibliotous les livres d'Imre Kertész

Hongrois né dans une famille d'origine juive, Imre Kertész est déporté à Auschwitz en 1944, à l'âge de 15 ans. Libéré en 1945, il travaille à Budapest à partir de 1948 pour le quotidien Világosság, puis il est licencié en 1951, quand le journal est proclamé organe du parti communiste. Après la barbarie nazie, il affronte le communisme totalitaire. Il mène alors une vie retirée, et traduit des auteurs de langue allemande tels que Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler, Freud, Roth, Wittgenstein et Canetti, qui tous ont eu une influence sur sa création littéraire. Ecrivain de l'ombre pendant quarante ans, il a reçu le prix Nobel de littérature en 2002 pour l’ensemble de son œuvre, et ses romans, récits, essais et discours sont aujourd'hui lus à travers le monde.

Sans l’expérience de cette paralysante époque du “socialisme goulasch”, ses romans n’auraient pas la même envergure, tant ses œuvres sont à la fois imprégnées des camps de concentration et de la vie d’après-guerre sous le règne de Moscou.
Souffrance, lucidité, ironie, refus de tout totalitarisme : tels sont les éléments de l’œuvre d’Imre Kertész qui confèrent une portée universelle à son art.