Javier Cercas | Prix du Livre européen – catégorie fiction | Actes Sud

    Javier Cercas | Prix du Livre européen – catégorie fiction

    Discours de Javier Cercas, prononcé au Parlement européen, le 7 décembre 2016, à l’occasion de la remise du Prix du Livre européen (catégorie Fiction) qui lui a été décerné pour son roman L’Imposteur (Actes Sud, 2015).
    Ce prix créé en 2007, à l’initiative de Jacques Delors, récompense chaque année un roman et un essai exprimant une vision positive de l’Europe.
    Le président du jury de l’édition 2016 était le réalisateur Oliver Stone.

     

     

    L'Europe et le Roman - Javier Cercas


    « En premier lieu, je tiens à remercier du fond du cœur le jury qui m’a accordé ce prix. Ensuite, je veux dire que ce prix compte beaucoup pour moi, parce qu’il est accordé par le Parlement Européen.
    Pendant des siècles, l’Europe a été la grande illusion de beaucoup d’Espagnols ; conscients de vivre depuis le début du XVIIe siècle dans un pays de plus en plus isolé, de plus en plus enfoncé dans la pauvreté, l’inculture, l’absence de libertés, l’obscurantisme et la fiction de l’Empire, depuis le milieu du XVIIIe siècle, les meilleurs de mes ancêtres ont senti que l’Europe était une promesse réaliste de modernité, de prospérité et de liberté. Aujourd’hui, la grande majorité d’entre nous le sentent encore, c’est pourquoi l’Espagne n’a cessé d’être un des pays les plus européistes de l’Union. Je crains qu’en ce moment-même nous manquions de raisons de nous sentir fiers d’être espagnols, mais celle-ci en est une. J’ai déjà écrit que l’idée d’une Europe unie est la seule utopie raisonnable que les Européens aient forgée ; nous avons forgé plusieurs utopies atroces – des paradis théoriques transformés en enfers bien concrets –, mais à ma connaissance une seule est raisonnable, celle-ci : une utopie qui, comme vient de le rappeler Michel Serres, a permis qu’après la Seconde Guerre mondiale les Européens connaissent « l’époque de paix et de prospérité la plus longue depuis la Guerre de Troie ». Cela dit, j’ajouterai que le roman moderne n’est pas seulement un des plus beaux fruits de cette utopie, mais aussi celui qui lui ressemble le plus, son emblème parfait ; la preuve en est que ses deux traits les plus remarquables appartiennent aussi à l’Europe unie : son caractère hybride, métis, et sa nature antidogmatique. »

     

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    Javier Cercas est né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres. Il a enseigné aux Etats-Unis, à l’Université de l’Illinois, et depuis 1989, il est professeur de littérature espagnole à l’Université de Gérone. C’est son troisième roman, Les Soldats de Salamine (Actes Sud, 2002) qui lui apporte une notoriété internationale – un roman notamment remarqué par Mario Vargas Llosa et salué par Susan Sontag, J. M. Coetzee. Il a remporté de nombreux prix littéraires, son œuvre est traduite dans une trentaine de langues.

     

     

     

     

     

     

    L’imposteur est centré sur la figure d’Enric Marco, icône nationale antifranquiste, symbole de l’anarcho-syndicalisme, président charismatique de l’Amicale de Mauthausen, qui pendant des décennies a porté la parole des survivants espagnols de l’Holocauste. Mais en juin 2005, un jeune historien met à mal l’image du valeureux combattant de toutes les guerres justes en révélant l’incroyable imposture : tel un nouvel Alonso Quijano, Enric Marco a bâti le plus stupéfiant des châteaux de cartes ; l’homme n’a jamais, en vérité, quitté la cohorte des résignés, prêts à tous les accommodements pour seulement survivre. L’Espagne va affronter sa plus grande imposture, et Javier Cercas sa plus audacieuse création littéraire.

     

    « On sent qu’il vous a marqué, l’imposteur de L’Imposteur…

    - C’est mon Moby Dick. C’est le bien et le mal à la fois. Le point aveugle de cette histoire, c’est de se demander pourquoi il a fait ça, pourquoi il a menti sur son passé, et pourquoi tout le monde a bien voulu le croire. (…) L’énigme est non seulement intacte, mais elle s’est épaissie avec ce livre. Tant mieux, car le romancier, c’est celui qui ajoute de la complexité au monde. Pour mieux la déchiffrer, il doit rendre l’énigme insoluble. Quand le politicien tend à tout simplifier, le romancier décèle un problème là où personne ne le voit ; il nous complique la vie. »

    Extrait de l’entretien de Pierre Assouline pour Le Magazine Littéraire, novembre 2016.

     

     

    Parus en novembre 2016 : un roman et un essai


    Le Mobile

    Quand il n’officie pas dans le modeste cabinet juridique qui l’emploie, Álvaro pense à Flaubert. Comme lui, il veut écrire un grand roman. Son idée – simple et efficace – consiste à produire une nouvelle variation sur le couple et ses avatars : l’amour, l’argent, le crime. Le plan est précis, la routine efficace ; il ne manque plus que la réalité lui fournisse l’essentiel : le matériau, la vérité de son histoire. C’est ainsi qu’avec une méticulosité aussi attentive que soudaine, Álvaro jette son dévolu sur ses voisins et, ne reculant devant aucun sacrifice pour approfondir son sujet, en vient à prendre d’assaut la truculente concierge. Dans une mécanique parfaite, se met en place l’intraitable jeu de la fiction et du hasard.
    Sur le modèle classique du marionnettiste manipulé, Javier Cercas excelle à organiser vertige et dérapage, et à faire plier le réel de sa fiction. Le lecteur trouvera, dans cet irrésistible roman de jeunesse, la manière et les obsessions qui ont fait le succès de l’auteur ainsi qu’une bien belle définition de la vocation.

     

    Le point aveugle

    Ce recueil rassemble les conférences données par l'auteur à l'université d'Oxford. Sur les questions sans réponses, les énigmes insolubles et les ambigüités nécessaires qui font l'essence du roman et placent le lecteur en son centre : le point aveugle.

     

     

     

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