Premier jour
Premier jour
Le vendredi 5 décembre 1986 à dix-sept heures quarante-sept, heure locale, Charles Cuvelier, trente-trois ans, expert en communication globale, entra dans un immeuble de la rue Vaneau, à Paris. Il venait au sujet dune annonce : A louer appartement grand standing pour célibataire sans chien situation aisée.
Limmeuble avait belle apparence, toutefois la première impression de Charles fut défavorable : la porte cochère était grande ouverte et la loge du concierge vide. Apparemment on entrait ici comme dans un moulin. Quà cela ne tienne ! Ayant lhabitude dexploiter hardiment les faiblesses de ladversaire, Charles se dit quavant même de se trouver face à la propriétaire, qui occupait le dernier étage, il avait marqué un point. Labsence caractérisée du concierge allait lui permettre de culpabiliser son interlocutrice (sans doute une vieille pie clouée dans un fauteuil Voltaire) et dentamer les négociations sur le montant du loyer avec un incontestable avantage.
Dun petit saut allègre, Charles monta dans lascenseur, claqua la grille et pressa avec détermination le bouton du quatrième et dernier étage. Le vieil ascenseur en bois grinça et se mit en route laborieusement.
Dans la cabine se trouvait un miroir. Charles profita du temps mort pour se regarder. Décidément, quelques cheveux en moins ne faisaient quoptimiser son charme. Cela valorisait son front. Non seulement sa calvitie lui allait très bien, mais en plus il nétait pas chauve du tout.
Il arborait déjà son sourire de séducteur, prêt à bénéficier de leffet de surprise de sa visite inopinée, lorsque soudain, à dix-sept heures quarante-neuf, lascenseur simmobilisa avec sa charge entre le troisième et le quatrième étage.
Le sourire de Charles se transforma en grimace.
Bon, ça ne pouvait pas être bien grave. Avec les vieux ascenseurs, ce sont des choses qui arrivent couramment.
Il appuya plusieurs fois sur le bouton du quatrième, puis sur celui du troisième, puis sur les autres sans résultat. Il se contraignit à laisser passer une minute en sefforçant de faire le vide dans sa tête (une technique de yoga apprise à lécole de gestion, pour affronter les situations imprévues), puis il recommença à presser les boutons.
En vain.
Alors, résolument, il appuya sur le bouton Alarme. Celui-ci senfonça sans la moindre résistance. Il ne fonctionnait pas, bien entendu. Charles eut une bouffée de haine pour ceux qui soccupaient de lentretien des ascenseurs. Il les imagina en train de se faire bronzer à Ibiza aux frais des contribuables tandis que des milliers dinnocents, bloqués dans les ascenseurs français, en étaient réduits à prier le ciel.
Il chassa cette vision négative pour se concentrer sur la recherche de moyens daction efficaces. Il donna à ses yeux une expression dure et lucide, comme lorsquil convoquait dans son bureau lun de ses subordonnés. Tel un loup prêt à bondir, il fixa à travers la grille un regard cruel sur les moutons de poussière du palier. Son nez était au ras du sol.
Il ny avait pas trente-six solutions, il fallait appeler. Charles estima toutefois que crier au secours était prématuré.
Hello ! fit-il. Il y a quelquun ?
Pas de réponse.
Hé ho ! Il ny a personne ?
Toujours rien.
Il sourit. A sa place, la plupart des gens auraient été pris de panique. Lui non. Il navait pas peur. Pas peur du tout. Il en avait vu dautres : un jour, en descendant la poubelle, il sétait enfermé dehors en pyjama. En fin de compte, le pire qui pouvait lui arriver cétait dêtre obligé dattendre un petit peu. Il ne courait aucun danger réel. A bien y réfléchir, il était même beaucoup plus en sécurité dans cet ascenseur que dans la rue. Aucune inquiétude ne se justifiait donc.
A moi ! cria-t-il.
Il regretta tout de suite lexcès de cette formule. Certes, elle était adéquate puisquil sagissait dattirer lattention sur lui, mais il la jugea inappropriée au sentiment de confiance qui simposait.
Help ! fit-il. (Voilà un terme qui convenait mieux.) Help !
Il criait fort mais sur un ton détaché. Il nimplorait pas de laide, il signalait tout bonnement sa présence.
Ohé ! Ohé ! (Il tenait enfin le mot juste.) Ohé ! Ohé !
Soudain, en face de lui, la porte du quatrième souvrit et une femme parut.
Cétait une blonde dune trentaine dannées. Elle portait des boucles doreilles en or et un manteau en peau de panthère.
Cest vous qui criez "ohé ohé" comme un imbécile ? fit-elle. Vous êtes malade ou quoi ?
Je suis vraiment confus de vous importuner, répondit Charles, les yeux levés vers son interlocutrice, et le nez à quelques centimètres de ses talons aiguilles.
Luttant contre le sentiment de ridicule qui lenvahissait, il prit un air sûr de lui, légèrement désinvolte, et ajouta avec un sourire forcé :
Je crois bien que me voilà bloqué dans cet ascenseur.
Je le crois aussi, répliqua-t-elle sans sourire. Quest-ce qui vous a pris de venir vous fourrer là-dedans ? Ici chacun sait que cet ascenseur fonctionne mal, surtout à la montée.
Je ne pouvais pas être au courant, je ne connais personne dans limmeuble.
Il fallait sonner, on vous aurait prévenu par linterphone ! Il nest pas fait pour les chiens, linterphone !
La porte den bas était ouverte, et
Mais ce nest pas une raison pour entrer sans sonner ! Quest-ce que cest, ces manières ? Et si ma porte avait été ouverte, vous seriez aussi entré chez moi ? Si javais été dans ma baignoire, vous seriez aussi entré dans la salle de bains ? Allez-y, ne vous gênez pas ! Installez-vous dans ma baignoire pendant que vous y êtes !
Je
je vous assure que
Et puis dabord qui êtes-vous ?
Je venais pour lannonce
lappartement à louer
Si vous voulez louer ici, vous commencez mal !
Je présume que vous êtes la
Vous présumez bien. Je suis Mme Valmer, la propriétaire de limmeuble. Mais pour visiter lappartement, vous devrez patienter un peu.
Oh, ça ne fait rien, je repasserai.
Pour repasser il faut dabord sortir. Moi, je ne peux pas vous faire sortir comme ça, dun coup de baguette magique. Il faudrait un spécialiste.
Cela ne pose aucun problème. Chaque service de dépannage dispose de plusieurs experts en la matière, des gens parfaitement qualifiés qui
Oui mais figurez-vous que cet ascenseur-là date de 1919. A cette époque, vos prétendus experts en ascenseurs, ils nétaient même pas nés, alors je ne crois pas quils comprendraient grand-chose à ce vénérable engin. A moins que les services de dépannage ne conservent quelques vieillards spécialisés dans les anciens ascenseurs, mais cette éventualité me paraît douteuse. Que voulez-vous, mon pauvre monsieur, la technique il faut que ce soit moderne
Remarquez que moi, cet ascenseur ne ma jamais trahie. Mais il est capricieux, il a ses têtes
Ecoutez, madame, dit Charles avec une boule dans la gorge, téléphoner à un service de dépannage ne coûte rien. Ils jugeront par eux-mêmes, en leur âme et conscience, sils sont en mesure de réparer cet appareil
Pour aujourdhui cest trop tard. Ces gens-là sarrêtent de travailler à dix-sept heures pile. Passé cette limite fatidique, même si le pape était bloqué dans lascenseur, ils ne se dérangeraient pas. Cest comme ça aujourdhui. En dehors de son petit train-train, tout le monde se fout de tout. Mon nombril, mon derrière, ma voiture, le reste je veux pas savoir ! Ah la la ! cest malheureux
Bon, moi je papote, je papote, mais jai rendez-vous chez le coiffeur, vous allez me mettre en retard. Je serai de retour dici une heure ou deux. Nous reparlerons tranquillement de votre petit problème. A tout de suite !
Charles resta un long moment immobile, atterré, le regard perdu dans le vide. Puis il ferma les paupières. Il était pris de pitié pour lui-même devant linjustice du destin. Il y a quelques minutes à peine, il gambadait joyeusement dans la rue, heureux de vivre (ou du moins heureux de gagner de largent), et maintenant il était coincé dans un ascenseur, comme dans un piège à rats
Il rouvrit les yeux. Devant lui, sur une plaque métallique, étaient inscrites les consignes dutilisation de lascenseur.
ASCENSEURS DONADIEU & Cie
Les usagers doivent sabstenir de toute précipitation.
Ne pas laisser des enfants, des individus irresponsables ou des animaux utiliser seuls lascenseur.
Avant dentrer dans la cabine, assurez-vous de sa présence.
Appuyez sur le bouton correspondant à létage où vous désirez vous rendre.
Le bouton ARRÊT sert à interrompre la marche de lascenseur. Il est recommandé de ne pas lutiliser immodérément.
En cas darrêt fortuit, conservez votre calme.
Ne jamais tenter de sortir de la cabine immobilisée entre deux étages sans une aide extérieure.
Charles se sentit réconforté en constatant que son cas avait été prévu. Pour les dépanneurs, ce serait un jeu denfant de le sortir de là. Il navait quà se conformer strictement aux instructions et tout irait bien. Ne jamais tenter de sortir de la cabine immobilisée entre deux étages sans une aide extérieure, cétait une consigne pleine de sagesse. Il allait attendre calmement et patiemment lintervention des sauveteurs. La propriétaire prendrait laffaire en main dès son retour et il serait rentré chez lui pour le film du soir. Et même si, par le plus grand des hasards, aucun service de dépannage nétait en activité, il restait les pompiers. Ces bons vieux pompiers, toujours prêts à secourir les gens, vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
"Et dire que jai failli commencer à minquiéter ! pensa-t-il. Minquiéter de quoi ? De mourir de faim dans un ascenseur ? Ah ! au fond je suis resté un enfant. Quand je fais une campagne de pub, je fonce comme un lion, rien ne marrête, et voilà que je perds les pédales pour une petite panne dascenseur, comme il en arrive mille par jour !"
Pour soccuper, en attendant le retour de la propriétaire, il décida de rechercher activement les causes de la panne. Avec un coin de sa carte de crédit, il entreprit de dévisser le boîtier de commande de la cabine. Il nétait pas bricoleur mais un ascenseur datant de 1919 ne pouvait pas être bien compliqué. Il parvint à ouvrir le boîtier et tout un fouillis de fils électriques multicolores apparut. La langue entre les dents, il commença à tripatouiller les fils avec ses clés, tout en appuyant sur les boutons.
Soudain il fut pris de frayeur en songeant quil était suspendu dans le vide et quune maladresse pouvait entraîner la chute de la cabine. Vite il referma le boîtier.
Il desserra sa cravate, alluma une cigarette, et résolut dattendre. Non pas attendre avec mollesse et passivité, mais attendre avec énergie et détermination.
Lorsque Mme Valmer revint, avec un tas de paquets, il opta pour une attitude stoïque, lattitude dun homme qui ne juge pas, nexprime aucune opinion, mais place simplement les autres devant leur responsabilité. La dignité, le sang-froid, le flegme britannique quil manifestait dans lépreuve impressionneraient à coup sûr ladversaire.
En effet, Mme Valmer, déposant ses paquets, saccroupit, les genoux à quelques centimètres de lui, et, le doigt sur les lèvres, avec la mine dune fillette qui viendrait sexcuser davoir attaché une casserole à la queue du chat, elle dit :
Je crois que jai été un peu taquine avec vous, tout à lheure
La tête levée vers elle, Charles avait lair inflexible. Il voulait la laisser parler, la laisser sempêtrer dans sa culpabilité.
Ce qui vous arrive, reprit-elle, est entièrement de ma faute. Cest moi qui suis responsable du bon fonctionnement de cet ascenseur
Charles, le regard sévère, buvait du petit lait. Enfin il allait sortir dici ! Tout à coup il eut envie de se jeter sur elle et de la prendre, là, sur le palier
Il était si près delle quil sentait son parfum et sa chaleur, lodeur de soie de ses bas, lodeur de cuir de ses souliers. Elle avait des yeux bleus métalliques, des yeux durs quon avait envie de voir se troubler, et autour desquels quelques plis donnaient une nuance tragique. Sa sensualité était dépourvue de toute tendresse, de tout sentimentalisme. Sa féminité ne saffichait pas, ce nétait pas la féminité dune poule mais celle dun sphinx. "Cette femme est une sacrée belle bête, se dit Charles. Elle doit faire lamour comme une panthère, avec des cris et des coups de griffe
"
Jaurais dû faire remplacer cet ascenseur depuis longtemps, poursuivit-elle, mais, vous comprenez, cest un objet de famille
Jhabite ici depuis que je suis toute petite et mon père puis mon mari lont utilisé. Surtout mon pauvre mari
La dernière image que jai de lui, cest dans cet ascenseur
Je lai perdu voici deux ans, sur lautoroute de lEst. Sa speeder GTI a percuté un camion.
Charles baissa les yeux : il avait fait une campagne pour la speeder GTI. Il se donna lair ému et dit :
Cest le destin
Non, cest la vitesse.
Il y eut un long silence. Finalement elle dit :
Ça doit vous paraître absurde dêtre attachée à un vieil ascenseur, nest-ce pas ?
Mais non, mais non, il est tout à fait normal daimer son ascenseur
Dailleurs celui-ci le mérite bien car il a un aspect charmant. Cette cabine en bois verni a beaucoup de style, elle a un petit cachet Orient-Express
Orient-Express, vous trouvez ?
Absolument. Tenez, regardez le cadre en fer forgé du miroir
Et ces boutons en ivoire
Et ce bois, je parie que cest du chêne
Oui. Cest avec ça quon fait les plus beaux cercueils. Alors vous croyez que je ne serai pas obligée de le remplacer ?
Il nen est pas question ! Cet ascenseur est dans cet immeuble, il y restera ! Je men porte garant ! Lorsque les dépanneurs seront là, je nai pas du tout lintention démettre la moindre critique à son égard. Je suis même prêt à faire son éloge ! Il a eu une petite panne, bon, mais ce sont des choses qui peuvent arriver à tout le monde ! On ne va quand même pas le mettre au rebut parce quil a eu la fantaisie de sarrêter entre deux étages ! Cest un petit caprice de vieillesse aisément pardonnable. Dailleurs, toute cette histoire est de ma faute. Mais si, mais si
Je viens ici sans avoir pris rendez-vous, jentre dans limmeuble sans sonner, je me précipite comme un fou dans un ascenseur que je ne connais pas
Ce qui marrive est bien fait pour moi !
Vous me rassurez. En tout cas je nai pas été très gentille. Jai profité que vous étiez là, sans pouvoir bouger ni pied ni patte, pour vous faire un peu bisquer
Mais cest normal, tout le monde en ferait autant ! Ce nest pas si souvent quon a quelquun à ses pieds, enfermé dans une cage, alors autant en profiter un petit peu ! Cest humain, que diable !
Oui, on nest pas des bêtes, fit-elle en caressant rêveusement sa fourrure. Alors vous ne men voulez pas trop ?
Pas le moins du monde ! Et pour vous le prouver, je vous invite à aller boire un verre !
Génial !
Elle se précipita chez elle et revint un instant après avec une bouteille de beaujolais et un tire-bouchon. Elle saccroupit sur ses talons aiguilles et coinça la bouteille entre ses cuisses. (Sa jupe courte remonta et Charles vit un peu de chair blanche bordant une culotte de dentelle noire.) Elle enfonça le tire-bouchon, puis, avec effort et application, elle commença à tirer.
Que cest dur
dit-elle en plissant le nez.
Enfin le bouchon sortit et elle poussa un "aah" de soulagement. Puis, son manteau de fourrure traînant par terre, elle porta le goulot à ses lèvres et but une grande lampée de vin.
Ah ! que cest bon ! soupira-t-elle. Zut ! jai mis du rouge
Tenez, à la bonne franquette !
La porte grillagée de la cage dascenseur étant séparée du sol par un intervalle dune quinzaine de centimètres (la cabine, elle, ne possédant pas de porte), il était facile de faire passer la bouteille dessous. Charles la prit et but une gorgée.
Il se laisse bouère, pas vrai ? dit-elle avec laccent paysan. Ça fait du bien par où quça passe !
Pour sûr, répondit Charles de la même façon, ça nettoie lgosier !
Il lui rendit la bouteille, effleurant ses doigts aux ongles vernis de rouge, et elle but de nouveau une bonne gorgée. Puis elle dit en se tapotant le nombril :
Aaaah
ça fait chaud au ventre. Mais
vous êtes tout en sueur, vous ! Enlevez donc votre pardessus
Voilà, donnez-le-moi
Je le mettrai sur un portemanteau. Pour la nuit, je vous donnerai une jolie couverture.
Hein ? Mais je nai pas lintention de passer la nuit ici, moi !
Vous nêtes pas gentil ! Quest-ce que je vous ai fait ? On vous attend chez vous ? Vous êtes marié ? Vous avez des enfants ?
Non, mais
Eh bien alors ?
Ecoutez, madame, cette plaisanterie a assez duré. Japprécie beaucoup lhumour, à condition quil ne sexerce pas aux dépens des valeurs sacrées qui constituent le fondement de notre civilisation, à savoir le droit de chaque individu à disposer de lui-même, et la liberté de se déplacer à sa guise, sans entrave daucune sorte. En conséquence, je vous somme de prévenir un service de dépannage dans les plus brefs délais. Je ne suis pas dun naturel rancunier et je saurai pardonner cette petite atteinte à ma liberté. Mais je vous préviens que vous approchez dangereusement du point de non-retour. Je vous accorde une heure, cest-à-dire soixante minutes. Si dans soixante minutes je suis encore dans cet ascenseur, je vous poursuis en justice.
Et pour quel délit, sil vous plaît ? Je ne vous ai pas enlevé, que je sache. Vous êtes venu dans cette cabine de votre plein gré. Estimez-vous heureux que je ne dépose pas plainte pour occupation abusive dascenseur.
Vous êtes coupable de non-assistance à personne en danger !
Mais je vais vous assister, soyez tranquille !
Allons, si nous commençons à nous chamailler, ça va devenir intenable. Autant essayer de sentendre
Je vous promets que je ferai le maximum pour rendre votre séjour ici le plus agréable possible.
Charles se retint pour ne pas lui cracher au visage. Il estima quil était temps de lui porter sa botte secrète. Elle était coriace, mais à bon chat bon rat. Il avait un argument de choc auquel elle serait bien obligée de céder.
Je suis vraiment désolé, dit-il sur un ton détaché, mais même si je voulais rester ici, je ne le pourrais pas. Il faut que je sorte. Je dois satisfaire un besoin naturel et légitime. Il me serait pénible de souiller votre cher ascenseur
Oh ! ce nest pas pressé pressé, je peux tenir jusquà larrivée des secours.
Tralala lala, jai pensé à ça, chantonna-t-elle en lui donnant un paquet-cadeau. Ouvrez, cest pour vous.
Avec angoisse, Charles défit le paquet-cadeau. Cétait un pot de chambre à couvercle. Sa gorge se noua. Il avait affaire à une folle.
Il vous plaît ? demanda-t-elle. Il est en porcelaine de Saxe. Le marchand ma dit que pour un ascenseur cest ce quil y a de mieux. Et regardez la décoration, cest un torrent au milieu des bois, avec des bergers et des bergères
Cest joli, non ?
Accablé, Charles resta immobile, bras ballants, tandis quelle rentrait chez elle en sifflotant lair de Toréador, prends garde.
Lorsquelle reparut, quelques minutes plus tard, il était dans la même position, les yeux fixes.
Tenez, fit-elle en lui jetant un plaid. Vous aimez le style écossais ? Ça va bien avec votre cravate. Demain nous nous occuperons un peu mieux de votre installation. Moi, ce soir, je vais au cinéma. Je vais voir Les Fantasmes de Lucifer. Je vous raconterai. En rentrant, je passerai par lescalier de service pour ne pas vous déranger.
Jai peur, dit-il sans lever les yeux.
Comment ?
La cabine
elle est suspendue en lair
Ne vous inquiétez pas, le câble de sécurité a été vérifié il y a vingt ans. Bonne nuit !