Sauve qui peut (la révolution) | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Août, 2016 / 14,5 x 24,0 / 448 pages


ISBN 978-2-330-06650-5
prix indicatif : 22, 00€

prix « Envoyé par La Poste » - 2016

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Sauve qui peut (la révolution)

Thierry FROGER

Juin 1988. En vue des festivités commémoratives de l’année suivante, la très officielle Mission du Bicentenaire de la Révolution française du ministère de la Culture contacte Jean-Luc Godard pour lui proposer de réfléchir à un film autour de 1789. Roman fleuve, roman cascade, Sauve qui peut (la révolution) raconte le travail buissonnier de JLG sur ce projet de plus en plus improbable, qu’il intitule bientôt Quatre-vingt-treize et demi.
C’est l’occasion pour le cinéaste de renouer avec l’ami Jacques, perdu de vue depuis leurs communes années Mao, devenu entre-temps historien, opportunément spécialiste de la période. Sous prétexte de consultations pseudo-scientifiques, le dialogue reprend entre les deux hommes. Le cinéaste musarde, découvre le charme bucolique de l’île de la Loire sur laquelle Jacques vit seul avec sa fille Rose, et fait connaissance avec la demoiselle qui n’a pas vingt ans. Et Jacques confie à Godard les affres de la grande impasse qui l’occupe, les aléas du grand livre dans lequel il se noie : une vie de Danton très… alternative.
Le sens (giratoire) de l’histoire, l’agonie du cinéma, l’espérance de vie des révolutions et le vieillissement des révolutionnaires sont quelques-uns des motifs qui animent cette fugue grisante, poignée de déroutes magnifiques dont Thierry Froger nous fait à la fois captifs consentants et complices ravis, dans un geste joyeusement blasphématoire, d’une audace, d’une liberté et d’une maîtrise rares.

“Danton et Godard n’ont a priori pas grandchose en commun – hormis peut-être le sens de la formule, la fréquentation des fantômes et le goût des jeunes filles ; ils sont cependant tous deux ballottés par les courants contraires d’histoires qui les dépassent (comment finir une révolution, comment commencer un film ?) et dont on pressent qu’elles pourraient tourner dans un drôle de sens et ressembler à un naufrage.
L’idée de mettre en relation ces deux figures (je crois préférer ce terme pictural à celui de « personnages ») dans une île de Loire à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française m’a séduit par sa dimension improbable, sa nature mélancolique et potentiellement comique. J’y ai vu aussi l’élan qui me permettrait de me confronter à la possibilité d’écrire ensemble l’Histoire et sa fiction (autant que la fiction et son histoire) en empruntant aux outils du cinéma, et à ceux de JLG en particulier, une pratique – exploratoire – du montage, une morale – tendrement blasphématoire – du collage et de la citation, une liberté – jubilatoire – d’inventer ce qui s’est passé ou non.
Je me souviens également qu’en juillet 1989 j’avais tout juste seize ans et que j’avançais dans les promesses de cet âge sans voir le monde ancien qui s’écroulait : je découvrais que le cinéma pouvait s’aventurer en des territoires inconnus et ressembler à des films de Godard ; j’assistais de loin aux manifestations du bicentenaire de cette Révolution que je voulais faire plutôt que célébrer ; et je sentais venir d’autres envies, candides et vagues, comme celles d’écrire et de faire des images. Ce livre accomplit peut-être le trajet infini que mettent les choses pour s’embrasser et se projeter.”

T.F



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