Notre désir est sans remède | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Août, 2015 / 11,5 x 21,7 / 240 pages


ISBN 978-2-330-05310-9
prix indicatif : 19, 30€


Où trouver ce livre ?
|

Ce livre existe également en version numérique

Notre désir est sans remède

Mathieu LARNAUDIE

Quand la jeune Frances est apparue dans des productions de la Paramount ou de la MGM, à la fin des années 1930, on a d’abord apprécié sa blondeur, ses pommettes hautes, son menton dédaigneux, sa raisonnable impertinence. On l’a dite tour à tour provocatrice, communiste, féministe, athée, amoureuse. Puis on l’a déclarée folle et les dispositions nécessaires ont été prises. Son indocilité affichée dérangeait Hollywood et la bonne société américaine, qui n’acceptaient pas qu’elle déborde le cadre auquel on voulait la cantonner.
En évoquant le destin de cette femme dont seul le corps aura été considéré – sublimé par les chefs op, admiré par les fans, contraint par la justice, brisé par la médecine –, Mathieu Larnaudie, qui attaque (comme on le dirait d’un acide) le réel par la fiction pour donner à penser le contemporain, livre une réflexion politique sur l’image et l’individu. De la lumière à l’ombre, des écrans de cinéma à la claustration puis à une forme plus insidieuse d’exposition, Notre désir est sans remède suggère que la célébrité est peut-être la manière la plus irrémédiable d’échapper à soi-même, ou de se perdre.

“À de rares exceptions près, les fictions biographiques consacrées à des femmes mettent traditionnellement en relief les aspects psychologiques, voire pathologiques de leur vie. Là où les hommes se trouvent jetés dans de nobles aléas historiques auxquels ils se mesurent, les personnages féminins demeurent le plus souvent cantonnés à des sphères plus intimes et affectives, comme si leur sort restait imperméable aux circonstances et aux mutations du monde qui les entoure : comme si elles n’étaient pas, elles aussi, des sujets à part entière de l’Histoire.

En m’inspirant ici librement de la vie de Frances Farmer, j’ai voulu rendre sensible, dans toute sa dimension politique, l’itinéraire d’une actrice qui, après un début de carrière prometteur, se trouve, parce qu’intransigeante, parce qu’indocile, mise au ban de la société hollywoodienne d’abord, puis de la société tout court – internée pendant près de dix ans dans les conditions sordides et violentes qui étaient celles de la psychiatrie américaine des années 1940. Ainsi se dessine l’aventure d’un corps pris dans les turpitudes et les contradictions de son époque, qui excède la place et le rôle qu’on souhaitait lui assigner, et qui déborde l’image où l’on aurait voulu qu’il demeurât.

Car ce roman est aussi une méditation sur l’image, ou, plus exactement, sur le pouvoir iconique : quelle force de fascination, quelle influence morale, quelles implications historiques l’avènement du cinéma, plus tard celui de la télévision, et la généralisation du spectacle et du divertissement ont-ils pu exercer sur la société de leur époque, sur l’individu démocratique qu’elle portait ? Et comment ont-ils affecté les corps qui s’y sont trouvés engagés – qui en ont été, littéralement, les acteurs ?

À travers ce portrait de femme insoumise, cette tentative de reconstitution d’une icône brisée, c’est ce point énigmatique et impérieux où notre regard et notre désir se confondent que j’ai voulu interroger, et peut-être approcher.’’

M. L.



Association du méjan

Actes Sud newsletter

Inscription à la newsletter :

newsletter