La poupée de Kafka | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Janvier, 2016 / 11,5 x 21,7 / 272 pages


ISBN 978-2-330-05783-1
prix indicatif : 20, 00€


Où trouver ce livre ?
|

Ce livre existe également en version numérique

La poupée de Kafka

Fabrice COLIN

Au cours d’un séjour à Berlin, la jeune Julie Spieler, en quête d’une improbable réconciliation avec son père, Abel – séducteur impénitent, époux volage, menteur invétéré et professeur de littérature allemande à la Sorbonne –, débusque la récipiendaire putative de textes inédits de Kafka, écrivain qui fait l’objet d’une folle idolâtrie de la part de son inconséquent géniteur. La jeune fille entame alors de difficiles tentatives d’approche auprès de cette vieille dame particulièrement revêche qui porte en elle toute la mémoire d’un siècle traversé de guerres, d’exils et d’horreurs. L’été suivant, contre toute attente, ces trois personnages se retrouvent dans un chalet, face au mont Blanc, pour dénouer les noeuds et secrets obscurs dont chacun a tressé sa vie.
De Paris à Berlin en passant par Prague, sous l’éternel regard de l’iconique Kafka ou dans l’inquiétante ombre portée d’une impériale montagne, le roman fait se rencontrer les vivants et tous les spectres qui les hantent sur une scène où les protagonistes se débattent comme pour échapper au cruel sortilège qu’ils ont eux-mêmes concouru à forger.
Convoquant une structure narrative limpide où le réalisme le dispute aux images mouvantes et la gravité à un humour féroce, Fabrice Colin mène ici une superbe enquête romanesque sur les liens qui nous lient et nous délient au fil d’une libératrice traversée des apparences.

“En 1923, à Berlin, Kafka rencontre dans un parc une fillette en pleurs, qui a égaré sa poupée. L’écrivain la réconforte. La poupée n’est pas perdue, affirme-t-il, elle est simplement partie en voyage ; d’ailleurs, ne lui a-t-elle pas écrit – n’a-t-il pas gardé les lettres ? Confronté à l’incrédulité de l’enfant, Kafka rentre chez lui et, dans un état de grande faiblesse (il ne lui reste que quelques mois à vivre), rédige les missives en question. Pendant trois semaines, et par sa plume, la poupée raconte sa vie. Dans son dernier courrier, elle annonce qu’elle s’est mariée et doit mettre un terme à sa correspondance. Rassérénée, la fillette accepte cette conclusion. La littérature, en un sens, l’a délivrée de sa douleur.

De cet épisode singulier, on ne trouve nulle mention dans l’oeuvre de Kafka ; seule Dora Diamant, sa compagne d’alors, s’en est fait l’écho en son temps. Quant aux lettres, personne ne les a jamais vues. Que sont-elles devenues ? Qu’est devenue la fillette ? La Poupée de Kafka est une réponse romanesque à cette double question. Si le fantôme de l’écrivain praguois y erre littéralement tel un ange scrutateur, j’ai surtout trouvé en ce livre l’occasion de creuser des thématiques qui me sont chères : l’art déchirant du mensonge, le pouvoir curateur de la narration (« tous les chagrins, écrivait Karen Blixen, sont supportables si on fait une histoire »), le lieu intérieur où vie réelle et fiction gisent indissociées. Else Fechtenberg, ma vieille héroïne atrabilaire aux nuits rognées de cauchemars, a depuis longtemps opté pour le silence. Mais le destin a ses caprices ; dans un chalet donnant sur le mont Blanc, j’organise ses retrouvailles avec une jeune amie idéaliste et le père de cette dernière. Tous ont de bonnes – lire « douloureuses » – raisons pour cesser de mentir.

F. C.



Association du méjan

Actes Sud newsletter

Inscription à la newsletter :

newsletter