Illettré | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Janvier, 2016 / 11,5 x 21,7 / 224 pages


ISBN 978-2-330-05791-6
prix indicatif : 19, 00€


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Illettré

Cécile LADJALI

Illettré raconte l’histoire de Léo, vingt ans, discret jeune homme de la cité Gagarine, porte de Saint-Ouen, qui chaque matin pointe à l’usine et s’installe devant sa presse ou son massicot. Dans le vacarme de l’atelier d’imprimerie, toute la journée défi lent des lettres que Léo identifi e vaguement à leur forme. Élevé par une grand-mère analphabète, qui a inconsciemment maintenu au-dessus de lui la chape de plomb de l’ignorance, il a quitté le collège à treize ans, régressé et vite oublié les rudiments appris à l’école. Puis les choses écrites lui sont devenues peu à peu de menaçantes énigmes. Désormais, sa vie d’adulte est entravée par cette tare invisible qui grippe tant ses sentiments que ses actes et l’oblige à tromper les apparences, notamment face à sa jolie voisine, Sibylle, l’infi rmière venue le soigner après un accident. Réapprendre à lire ? Renouer avec les mots ? En lui et autour de lui la bonne volonté est sensible, mais la tâche est ardue et l’incapacité de Léo renvoie vite chacun à la réalité de ses manques : le ciel semble se refermer lentement devant celui que les signes fuient et que l’humanité des autres ignore.
 
Centré sur le combat de Léo contre son illettrisme, le nouveau roman de Cécile Ladjali est un livre d’énergie et de con vic tion qui ouvre une voie imprévue et poétique sur ce handicap invisible, poursuivant une réfl exion qui lui est chère autour des mots, de l’école, de la dignité et de l’estime de soi, impossibles sans le langage.

“Que ce soit aux étudiants de la Sorbonne Nouvelle, aux lycéens de Seine-Saint-Denis, ou aux enfants malentendants du Cours Morvan, je dis toujours à mes classes que le bonheur, l’estime de soi, l’empathie sont des principes que seul le langage permet. J’ajoute que les livres étudiés sont l’examen de la vie. Un surcroît d’existence, dont chaque lecteur devient l’actionnaire secret. Car la langue est notre chair. Notre ontologie. En tant que professeur de lettres, j’ai constaté l’incroyable épanouissement des consciences capables de formuler et ainsi de se dire tout en disant le monde. À l’inverse, j’ai senti la détresse de celui qui ne parvenait pas à le faire. Illettré m’a permis de traduire romanesquement ce que j’avais toujours cherché à signifier dans des essais comme Mauvaise langue, Éloge de la transmission ou encore Ma bibliothèque. Or la fiction prend le coeur pour cible et cette fois c’est lui que je visais. Je voulais dire l’essentiel avec les mots 24 de Léo, à savoir qu’il n’y a pas de salut possible en dehors du langage maîtrisé. Acculé par son illettrisme, honteux, mon héros s’enferme dans une thébaïde de solitude, tandis que ceux qui lui ont à un moment concédé un regard, l’abandonnent tour à tour. Léo est le fruit gâté d’une époque qui, en dépit de ses beaux discours et de son humanisme de pacotille, ne prévoit pas grand-chose pour les êtres comme lui. Le réalisme âpre de la fiction, le regard perdu du personnage, entendent montrer cette déréliction que j’ai souvent croisée dans mes classes et eu tant de mal à contrer par un retour heureux au texte. L’illettrisme est un mal invisible mais prégnant dans nos sociétés. Le parcours en pointillés de Léo, sa brève incursion dans l’existence cherchent à dire la tragédie des laissés- pour-compte, parce que pauvres en mots, en amour, en avenir.”

 

C. L.



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