Bâtisseurs de l'oubli | Actes Sud
Actes Sud Littérature
Domaine français

Août, 2015 / 11,5 x 21,7 / 208 pages


ISBN 978-2-330-05368-0
prix indicatif : 18, 80€


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Bâtisseurs de l'oubli

Nathalie DÉMOULIN

Sur les vestiges des cités antiques, Marc Barca a, depuis son rapatriement d’Algérie, et durant cinq décennies, édifié, de La Grande-Motte à Sète, un empire de béton gagné sur un delta toujours plus menacé par les eaux montantes de la Méditerranée.
En ce jour de Saint-Sylvestre 2012, ce Titan vieillissant peut désormais méditer sur cette oeuvre imposante et chimérique, secrètement née de l’arrachement à la terre natale, et qui lui a valu de partager des années heureuses avec sa compagne, la belle Hélène.
Dans le même temps la fille de celle-ci, Rachel, en compagnie des musiciens de son modeste groupe de rock, fait route vers une soirée de concert privée, consciente que la désillusion envahit son rêve de carrière artistique autant qu’elle a anéanti ses amours avec Malek, le jeune père de son enfant.
Conjuguées mais distinctes, les voix de ces personnages intérieurement fracassés viennent tour à tour percuter le mythe des success-stories, l’ardente et pure exaltation des grandes espérances, pour faire surgir, sauvage et chaotique, le véritable paysage que chacun d’entre eux porte en lui et tente de rendre habitable sur les rives d’une Méditerranée qui, aujourd’hui comme hier, ne cesse de résonner de la plainte des errants, des bannis ou des réprouvés.
À travers le personnage solaire et prométhéen d’un homme habité du désir de créer une beauté nouvelle en façonnant concrètement un monde à l’image de ses rêves, Nathalie Démoulin rend un hommage inspiré à tous les aventuriers de l’existence dont un exil, réel ou intérieur, corrompt, avant même que le Temps ne fasse son oeuvre, les constructions vulnérables.

“Depuis quelques années, le littoral languedocien m’est devenu familier. J’y suis amoureuse d’une ville industrielle et maritime, à la cartographie compliquée par les darses et les passages d’eau, Sète. Elle est née au xviie siècle d’une volonté politique : celle de donner un débouché au canal Océan-Méditerranée, d’aménager un havre pour les galères royales. Et presque exactement trois siècles plus tard un autre gouvernement a décidé d’installer non loin d’elle une ville pour estivants, sans pipelines ni quais de décharge, La Grande-Motte. Mission a été confiée à un architecte d’y inventer un urbanisme du soleil et c’est sur le site sacré de Teotihuacán, au Mexique, où sont les pyramides du soleil et de la lune, que Jean Balladur a trouvé son inspiration.

Dans ce territoire, je rêvais un personnage, un de ces entrepreneurs en bâtiment qui ont travaillé avec acharnement depuis les années 1960 pour radicalement transformer ce fragile littoral désormais à la merci de la montée des eaux. Mais le temps du roman s’est soudain creusé lorsque j’ai appris qu’entre La Grande- Motte et Sète les archéologues avaient exhumé les fondations d’une cité étrusque, édifiée à l’âge du bronze, Lattara. La Méditerranée qui n’était qu’un horizon est devenue le coeur même du roman, mare nostrum ou mer partagée, comme on peut la nommer, mais territoire surtout d’une écriture unique, celle d’une civilisation des villes, mais celle aussi des colonisations et des exils.

En faisant du personnage de Marc Barca un pied-noir débarqué en métropole en mai 1962, j’ai construit l’écho mélancolique à la destinée des Étrusques chassés de leur ville, bâtisseurs dont les oeuvres sont tombées dans l’oubli jusqu’à ce que la naissance de cités nouvelles en exhume les vestiges, infrangible mémoire des bannis.’’

N. D.



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